À partir du lundi 5 janvier et pendant dix jours, les six syndicats représentatifs des médecins libéraux appellent à une grève massive. Voici les raisons de ce mouvement annoncé «sans précédent» et ce à quoi s'attendre.
Les médecins de ville et des cliniques privées promettent une grève «sans précédent» entre le 5 et le 15 janvier pour défendre leur liberté d'exercice. Le 26 novembre dernier, les organisations syndicales avaient annoncé cette grève unitaire. Depuis, des concessions ont été obtenues, mais les avancés restent insuffisantes selon eux.
«Jamais un gouvernement n'avait accumulé autant d'attaques» contre la médecine libérale «en si peu de temps», ont indiqué les six syndicats de médecins représentatifs des généralistes et spécialistes libéraux, et les six organisations d'internes et de jeunes médecins, dans un communiqué.
Parmi les concession obtenues, l'Assurance maladie ne pourra pas imposer des baisses de tarifs dans les activités présentant une rentabilité «excessive» ni la surtaxe sur les suppléments d'honoraires. Mais la colère ne redescend pas, le texte comporte toujours, selon les syndicats, des dispositions qu'ils ont rejetées farouchement. Ils citaient notamment la possibilité d'amendes pour les médecins qui n'alimentent pas ou ne consultent pas le dossier médical partagé de leurs patients (DMP).
Des projets de loi en cause
«Comment peut-on imposer des sanctions qui pourront aller jusqu'à 100.000 euros par établissement ou 25.000 euros par médecin pour la non-utilisation d'un outil qui ne marche pas», s'insurgeait Philippe Cuq, président du Bloc (chirurgiens, anesthésistes, gynécologues obstétriciens), à l'AFP.
Mais le budget de la Sécu n'est pas la seule source de colère. Les généralistes ont également dénoncé le projet de loi contre la fraude, en cours de discussion parlementaire. Le texte prévoit que l'Assurance maladie pourra «imposer» aux médecins qui prescrivent plus d'arrêts maladie que leurs pairs «comparables» une «mise sous objectifs». Cela signifie que les médecins devront réduire leur prescription, et pourront encourir des sanctions financières en cas de non-respect de cette règle.
Les organisations ont par ailleurs rappelé, dans ce communiqué, leur opposition aux propositions de la loi Garot et Mouiller, en cours d'examen au Parlement. Ces propositions ont pour objectif de restreindre la liberté d'installation des médecins pour mieux lutter contre les déserts médicaux.
À quoi s'attendre entre le 5 et le 15 janvier ?
Fait rare pour la profession, tous les syndicats représentatifs appellent à stopper l'activité durant dix jours, entre le lundi 5 et le jeudi 15 janvier. Une manifestation est prévue à Paris le samedi 10 janvier à 13h, entre le Panthéon et le ministère de la Santé.
Les chirurgiens, gynécologues-obstétriciens et anesthésistes-réanimateurs des cliniques prévoient de partir plusieurs jours à Bruxelles, un déplacement symbolique pour «démontrer» les conséquences d'une fuite des médecins à l'étranger.
Contraints d'assurer la continuité des soins pour les patients déjà hospitalisés, ils entendent «diminuer l'activité» le 5 janvier, pour «s'arrêter totalement» le 10. Le 11, ils seront plus de 2.000 praticiens à partir en bus depuis Paris. Leur retour est prévu le 14.
Les perturbations à prévoir
Selon les données de l'Assurance maladie, la France compte environ 8.000 chirurgiens, 3.950 anesthésistes-réanimateurs et 3.450 gynécologues-obstétriciens libéraux. Les 2.000 inscrits au départ pour Bruxelles représentent donc autour de 15% des effectifs du secteur privé. Mais beaucoup feront grève sans partir.
Concrètement, les patients arrivant aux urgences ou à la maternité seront, sauf urgence vitale, «transférés à l'hôpital public». De son côté, la fédération de l'hospitalisation privée (FHP) prédit une grève «très suivie», avec probablement «80% des blocs opératoires fermés». Du côté des médecins de ville, il est encore difficile d'évaluer le nombre de cabinets qui resteront fermés.
Les préfets peuvent toutefois réquisitionner des professionnels pour assurer des missions de service public (urgences, maternités...) Les patientes venues accoucher par exemple, ne seront transférées ailleurs que si leur état le permet.