Il y a 30 ans disparaissait François Mitterrand. Celui qui a été président de la République entre 1981 et 1995 a marqué l'histoire politique française. Un parcours mémorable, qui a commencé dès 1965, lorsqu'il a défié le général De Gaulle lors des élections présidentielles de l'époque.
Ce n'est pas un secret : François Mitterrand et le général De Gaulle n'étaient pas amis. Les deux figures majeures de la politique française au XXe siècle ont chacune représenté une vision opposée.
Si les deux hommes se sont régulièrement attaqués par déclarations médiatiques interposées, certaines phrases du général De Gaulle au sujet de François Mitterrand ont marqué les Français.
«le Rastignac de la Nièvre»
En 1965, la première élection présidentielle au suffrage universel direct de la Ve République était organisée, à la suite de la victoire du «oui» au référendum de 1962 sur un tel type de scrutin. Après avoir longtemps considéré à ne pas briguer un nouveau mandat, Charles de Gaulle s'est représenté et a dominé largement les votes. Lors de sa campagne, il n'a pas mâché ses mots à l'encontre de son principal rival, le candidat de gauche François Mitterrand.

Si dans les médias, le ton reste cordial entre les deux candidats, l'ancien ministre de la Justice Alain Peyrefitte écrit dans son ouvrage «C'était de Gaulle» ce que pensait réellement le président sortant de son adversaire. Rire moqueur, surnoms injurieux, mépris affiché... à l'occasion d'une discussion entre lui et le général, le 15 septembre 1965, les attaques de Charles de Gaulle à l'encontre de François Mitterrand ont été nombreuses.
Alors que celui qui était maire de la commune de Provins passait en revue le nom des adversaires du président pour sa réélection, il se souvenait : «Au nom de Mitterrand, le général éclate franchement de rire : "Le Rastignac de la Nièvre ?"». Ce surnom péjoratif avait d'abord été donné au natif de Jarnac (Charente) par François Mauriac, en référence au personnage du même nom de Balzac, qui de simple étudiant de province devient ministre dans la capitale parisienne.
Lors de leur entretien, Alain Peyrefitte a ensuite demandé au général De Gaulle s'il a déjà rencontré en personne François Mitterrand. Le leader de la libération française durant la Seconde Guerre mondiale n'a pas raté une nouvelle occasion de tacler son rival : «Il est venu me voir à Alger dans l'hiver 1943-1944. Il a mis du temps à me parvenir. Il avait travaillé pour Vichy avec tant de zèle que ça lui avait valu la francisque», disait-il dans un premier temps.
«Il était entré dans ce corps d'élite. Voyant que ça allait tourner mal, il a voulu se dédouaner en entrant dans un réseau. Il est arrivé à Londres. Il est allé trouver d'abord les Anglais et les Américains, qui n'ont pas été très chauds pour l'accueillir, puisqu'ils voyaient qu'il mangeait à tous les râteliers», ajoutait-il ensuite.
«une arsouille», «un imposteur »
Après avoir également raconté qu'il lui avait notamment proposé de rejoindre le corps expéditionnaire en Italie ou celui des parachutistes en France, options rejetées par François Mitterrand, Charles De Gaulle a démenti sa position en tant que ministre dans le gouvernement de la Libération, dont l'intéressé se vantait à l'époque. Il disait : «C'est faux ! Un mensonge de plus ! C'est un imposteur ! Il a été nommé secrétaire général à titre intérimaire. Le ministre, c'était Henri Frénay. Mitterrand a essayé de le faire sauter en lançant son mouvement contre lui. Vous imaginez ! Le plus haut gradé du ministère prenant la tête d'une rébellion contre son propre ministre !»
Le président français de l'époque a par la suite raconté comment il a réussi à désamorcer cette prise de pouvoir. Il a alors laissé deux options à François Mitterrand. La première était de lui remettre sa démission, face à son incapacité à gérer ces désordres provoqués par son propre mouvement. La deuxième était un «engagement de faire cesser tout ça dans la journée même». Son ultimatum s'est accompagné d'une menace de le «mettre en état d'arrestation à la sortie de ce bureau».
«Il a demandé à se concerter avec ses deux acolytes dans l'encoignure de la fenêtre. Je lui ai donné trois minutes pour se décider. Je lui ai dicté la formule. Il a obtempéré», se remémorait finalement Charles De Gaulle. Mais les railleries à l'encontre de François Mitterrand ne se sont pas arrêtées là. Lorsqu'on demandait à Charles De Gaulle pourquoi il n'a pas publié ce document signé, il répond, en riant : «J'y avais pensé dans le temps, mais ce n'était pas possible de le publier, il y avait deux fautes d'orthographe».
Quelques semaines plus tard, à l'occasion du Conseil du 24 novembre 1965, le général De Gaulle disait également : «Mitterrand et Bousquet, ce sont les fantômes qui reviennent : le fantôme de l'anti-gaullisme issu du plus profond de la collaboration. Que Mitterrand soit un arriviste et un impudent, je ne vous ai pas attendu pour le penser. Mitterrand est une arsouille».

Mais l'une des phrases les plus mémorables du général destinée à son adversaire politique principal a été prononcée le 14 décembre 1965. Alors que Charles De Gaulle se refusait presque totalement à faire compagne, tant il considérait son élection acquise, il est apparu particulièrement animé face au journaliste Michel Droit.
L'Europe, sujet de discorde entre les deux hommes
«Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant : l’Europe ! L’Europe ! L'Europe ! Mais ça n’aboutit à rien et ça ne signifie rien. Il faut prendre les choses comme elles sont. Vous avez un pays français. Il y en a un. Vous avez un pays allemand. Il y en a un. Vous avez un pays italien, un pays belge, un pays hollandais, un pays luxembourgeois», affirmait-il devant la France entière. Une déclaration directement dirigée à l'encontre de François Mitterrand, dont l'attachement au projet européen a toujours été publiquement affiché.
Plusieurs mois avant ces déclarations, le 5e président de la Ve République ne s'était pas non plus privé de critiquer ouvertement son concurrent politique. Dans son ouvrage intitulé «Le Coup d'Etat permanent», publié en 1964, il accusait notamment le général De Gaulle de «corruption» systémique. En 1962, le général de Gaulle projetait en effet de changer la Constitution pour mettre en place un suffrage universel à l'occasion de l'élection présidentielle.
François Mitterrand souligne qu'après avoir promis qu'aucune violation de la Constitution ne serait commise, l'attentat du Petit-Clamart (22 août 1962) a finalement précipité «une offensive présidentielle». «Fin septembre, un projet de loi portant révision de l’article 6 qui concerne les conditions d’élection du président de la République fut communiqué pour information au Conseil constitutionnel», constate-t-il dans son livre.