Trente ans après la disparition de François Mitterrand, président de la République de 1981 à 1995, la France se souvient encore de son art du verbe. À l’occasion de cet anniversaire, retour sur cinq phrases cultes qui ont marqué les grandes joutes politiques et les derniers moments de celui qui a profondément marqué la vie publique française.
Des joutes verbales dans les mémoires. Le 8 janvier 1996, François Mitterrand s’éteignait à l’âge de 79 ans, après une longue carrière politique et 14 ans à la tête de l’État deux septennats complets, un record dans l’histoire de la Ve République. Sa disparition, il y a aujourd’hui 30 ans, a laissé une empreinte profonde dans la mémoire collective française, autour de son œuvre politique, de ses réformes et de ses joutes oratoires, souvent liées à un moment fort de sa vie politique.
«L’homme du passif» (1981)
En 1981, dans le débat télévisé d’entre-deux-tours contre Valéry Giscard d’Estaing, Mitterrand riposte à l’image que lui renvoyait son adversaire, celle d’un homme «lié au passé». Il retourne la formule avec finesse : «…C’est quand même ennuyeux que, dans l’intervalle, vous soyez devenu l’homme du passif». Cette réplique incisive marque le point de départ de sa victoire présidentielle.
«Ici, vous n’êtes pas le président de la République…» (1981)
Toujours dans ce débat de 1981, Valéry Giscard d’Estaing tente de piéger François Mitterrand sur des questions économiques. Mais le candidat socialiste remet son adversaire à sa place : «Je n’aime pas vos méthodes. Je ne suis pas votre élève. Ici, vous n’êtes pas le président de la République, mais mon contradicteur». Cette phrase, restée dans les annales, affirme la posture de Mitterrand face au chef de l’État sortant.
Il conclut même le débat avec une image ironique. «La situation de monsieur Giscard d’Estaing est un peu celle d’un conducteur…», comparant la présidence sortante à une voiture embourbée, une métaphore qui aide à sceller sa victoire électorale quelques jours plus tard.
«Vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre» (1988)
En 1988, lors d’un autre débat d’entre-deux-tours contre Jacques Chirac, François Mitterrand use à nouveau de finesse. Quand Jacques Chirac tente de normaliser leur rapport en l’appelant «monsieur Mitterrand», celui-ci répond avec un humour tranchant : «Vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre», un clin d’œil qui désarme autant qu’il surprend.
«Dans les yeux, je la conteste» (1988)
Un autre moment fort du même débat porte sur une affaire diplomatique impliquant Wahis Gordji, un diplomate iranien impliqué dans un litige entre Paris et Téhéran. Défendu par Jacques Chirac avec l’invitation à contester les propos en le regardant «dans les yeux», François Mitterrand répond sans détour : «Dans les yeux, je la conteste». Une formule simple, directe, qui résume sa manière de diriger.
«Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas» (1994)
Le 31 décembre 1994, affaibli par la maladie, François Mitterrand adresse son dernier message aux Français lors de ses vœux à l’Élysée. Il prononce une expression d’humanisme et de confiance dans la culture et les valeurs qui ont marqué son action : «Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas».
Ces cinq phrases illustrent comment François Mitterrand savait manier les mots comme un levier politique pour répondre à ses adversaires, pour persuader les Français ou pour laisser une trace personnelle dans l’Histoire. Trente ans après sa disparition, elles continuent d’être citées et étudiées.