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Paris : les deux Moldaves auteurs des tags mentionnant l'Ukraine sur des cercueils jugés dès ce lundi

Le magistrat instructeur estime que les tags ont été réalisés «dans un contexte de guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine » et qu’ils étaient «destinés à avoir un fort impact médiatique afin de démoraliser l’armée de l’air française». [Valentine CHAPUIS / AFP]

Quatre hommes nés en Moldavie comparaissent à partir de ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour une série de tags représentant des cercueils accompagnés de messages liés au conflit en Ukraine. Les faits, commis en juin 2024, sont poursuivis notamment sous la qualification d’«entreprise de démoralisation de l’armée».

Des inscriptions au pochoir et une enquête sur fond d’ingérences. Entre les 18 et 20 juin 2024, plusieurs tags au pochoir représentant des cercueils avaient été découverts à Paris, notamment sur les façades de l’AFP et du Figaro. L’un d’eux portait l’inscription «Stop the death now! Mriya Ukraine».

D’autres montraient un cercueil muni d’ailes d’avion, accompagné de la mention «Des Mirage pour l’Ukraine», parfois assortie du mot «Mirya» (« êve» en ukrainien). Le 20 juin 2024 vers 01h30, des policiers avaient surpris un homme en train de taguer un mur à l’aide d’une bombe de peinture rouge, tandis qu’un second fait le guet. Les deux hommes, âgés de 30 et 36 ans, avaient expliqué être rémunérés 100 euros par jour pour réaliser ces inscriptions. Ils sont jugés à Paris à partir de ce lundi.

L’enquête a d'ores et déjà établi la présence à Paris d’un troisième homme, soupçonné de les avoir recrutés et d’avoir dirigé l’opération sur place, en leur indiquant les lieux à viser. Les investigations menées dans le cadre de la coopération policière ont également permis d’identifier un quatrième homme, présenté comme le donneur d’ordres. Selon l’ordonnance consultée par l’AFP, il était décrit comme un «fervent sympathisant du parti politique pro-russe SOR» et aurait déjà «commandité des actions similaires en France quelques jours plus tôt».

Le 22 juin 2024, le ministre moldave des Affaires étrangères, Mihai Popsoi, avait condamné « fermement les tactiques hybrides de la Russie en France consistant à impliquer des citoyens de Moldavie dans des actes de vandalisme et d’incitation à la haine ».

La qualification de «démoralisation de l’armée» contestée

Les quatre hommes, âgés de 30, 36, 44 et 50 ans - trois de nationalité moldave et un dont la nationalité est inconnue - sont poursuivis pour dégradation ou détérioration légère d’un bien par inscription commise en réunion, ainsi que pour participation à une entreprise de démoralisation de l’armée en vue de nuire à la défense nationale en temps de paix. Ce délit est passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende.

Le magistrat instructeur estime que les tags ont été réalisés «dans un contexte de guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine » et qu’ils étaient «destinés à avoir un fort impact médiatique afin de démoraliser l’armée de l’air française». Les avocats des deux prévenus interpellés en flagrant délit, Louis Gloria et Emanuel de Dinechin, contestent cette qualification.

Selon eux, elle est «contraire à la liberté d’expression car potentiellement très dangereuse pour les journalistes intervenant sur les sujets de défense, et contraire au principe de précision de la loi pénale, le "moral de l’armée" étant une notion de psychologie impossible à jauger objectivement». Ils ont par ailleurs rappelé que cette infraction était «tombée en désuétude depuis la guerre d’Algérie».

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