Six détenus de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne) ont déposé une plainte pour «violences et harcèlement moral» à l’encontre de la direction de l’établissement pénitentiaire ultra-sécurisé. Ils l’accuse notamment de les «déshumaniser».
Une situation «très grave», selon leur avocate. Six détenus de la prison ultra-sécurisée de Condé-sur-Sarthe (Orne) ont déposé plainte contre la direction de l’établissement pénitentiaire, a-t-on appris ce mardi 2 juin.
La plainte pour violences et harcèlement moral a été déposée à Alençon jeudi 28 mai. Dans cette dernière, le chef d'établissement et ses équipes sont accusés de volontairement «humilier» et «déshumaniser» les personnes incarcérées au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), afin de briser leur résistance.
Ils sont accusés «d'entretenir un régime de pression psychologique et de domination» qui outrepasse les «exigences de sécurité». Une situation «d'une gravité sans nom», a dénoncé leur avocate, maître Marie Violleau.
«Peu importe leur condition de détenus du haut du spectre, l'État a l'obligation de les respecter. Les infractions pénales dont ils sont victimes doivent cesser», a-t-elle déclaré.
Ces nouveaux quartiers de détention ont déjà fait l'objet de nombreux recours administratifs, sans que les demandeurs obtiennent satisfaction, mais il s'agit de «la première plainte pénale, à ma connaissance», a relevé l'avocate.
«Le problème est propre à Condé, où la loi pénale est violée, pas seulement les droits fondamentaux et la dignité humaine», a-t-elle affirmé, ajoutant qu’en comparaison, «à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), il y a des conditions de détention extrêmement difficiles mais la direction, dans le cadre strict qui lui est imposé, semble respecter les détenus et leurs familles».
Des pratiques «dégradantes»
Les six détenus à l’origine de la plainte sont des personnes mises en examen ou condamnées pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs criminelle ou règlements de compte, d'après une source proche du dossier.
Ces derniers ont dénoncé des fouilles à nu systématisées, un accès à la promenade «soumis au bon vouloir» des surveillants et quasi inexistant pour ce qui est des activités, des agents constamment cagoulés, qui les briment... Certains s'adressent à eux par ordre, «sans faire de phrase».
Ces pratiques «quotidiennes» visent à les «intimider» eux et leurs proches, ont-ils accusé. Les prisonniers ont notamment reproché aux agents de palper leurs visiteurs, même enfants. Le «droit de visite» devient alors une expérience «dégradante», ont-ils ajouté.
Aux QLCO, les parloirs sont équipés d'un hygiaphone pour éviter les contacts, sauf cas exceptionnels. «Une personne détenue s'est récemment vu refuser le retrait» de l'hygiaphone alors que sa mère «est atteinte d'un cancer», ont déploré les plaignants.
Ces derniers ont aussi critiqué un règlement qui impose des horaires stricts pour appeler leur famille, en pleine journée, alors que leurs proches travaillent ou sont à l'école.
«On les entasse, on les piétine, on les violente et on espère qu'ils sortent meilleurs. Si vous traitez des gens comme des chiens en prison, ne vous attendez pas à ce qu'ils ressortent comme des hommes», a mis en garde Me Violleau.
Les QLCO, créés après la loi contre le narcotrafic, sont récents en France. Le premier a été instauré en juillet 2025, à Vendin-le-Vieil. Le second, à Condé-sur-Sarthe, en octobre 2025. Un troisième doit ouvrir fin juin-début juillet à Réau, en Seine-et-Marne.