Au lendemain de plusieurs rassemblements contre les défaillances judiciaires ayant permis à Jérôme Barella, principal suspect du meurtre de la petite Lyhanna, de rester en liberté malgré plusieurs accusations de violences sexuelles sur mineures le visant, Gérald Darmanin s'est exprimé ce mardi 9 juin dans l'émission L'Heure des Pros 2 sur CNEWS. Voici ce qu'il faut retenir.
Affaire Lyhanna, principal suspect absent derrière les barreaux malgré des antécédents judiciaires, débordements restés impunis après la victoire du PSG en Ligue des champions... Invité de Pascal Praud dans l'émission L'Heure des Pros 2 sur CNEWS, l'actuel ministre de la Justice et Garde des sceaux Gérald Darmanin a balayé les actualités judiciaires qui ont tragiquement défrayé la chronique ces derniers jours.
«Je partage la colère froide qui est celle des Français»
«C'est une affaire absolument dramatique et bien sûr, il y a dans bien d'autres dossiers des difficultés, un manque de policiers, d'enquêteurs, de magistrats, de moyens informatiques, mais ce n'est pas le cas dans l'affaire Lyhanna», a affirmé sur le plateau de CNEWS le ministre de la Justice Gérald Darmanin, interrogé sur le témoignage de la mère de Rosa, ayant déposé plainte le 22 août 2025 après que sa fille lui a déclaré avoir subi des violences sexuelles par un certain Jérôme B.
Ce père de famille de 41 ans est mis en examen depuis ce 1ᵉʳ juin 2026, pour «enlèvement et séquestration de mineure» après la disparition de Lyhanna, dont le corps a été retrouvé inanimé dans le silo à grains d'une usine agricole.
«Lorsqu'il y a une plainte déposée au mois d'août 2025, nous avons en quelques jours à la brigade de gendarmerie en Haute-Garonne, sous l'autorité du parquet, tous les éléments qui montrent que les choses sont accablantes. Des médecins qui constatent le viol, un expert psy qui, au bout de quelques jours, montre que la parole de la petite fille (Rosa, NDLR) est crédible», a estimé le garde des Sceaux.
«Elle est entendue dans une maison spécialisée, que nous avons d'ailleurs créée, pendant plusieurs heures, et on sait que monsieur X a des antécédents judiciaires puisqu'il est dans les fichiers du ministère de la Justice, et on verra qu'il s'agit de monsieur Barrella. Je partage donc la colère froide qui est celle des Français, votre incompréhension qui montre que nous n'avons pas su, collectivement, l'Etat, la gendarmerie nationale, les magistrats, protéger (ces enfants, NDLR)», a concédé Gérald Darmanin sur le plateau de Pascal Praud.
«S'il y a des erreurs, je prendrai des sanctions»
«Quand il y a le viol et la mort d'une petite fille, on cherche des responsables. Cela me paraît tout à fait normal en démocratie. Mais quand un médecin fait une erreur médicale, il n'est pas anormal que l'Ordre des médecins se penche sur la pratique de ce docteur, et que la famille qui voit son enfant mourir se pose des questions voire porte plainte contre lui. D'ailleurs que fait la famille de la petite Rosa ? Elle porte plainte contre l'Etat, et je le comprends parfaitement. Je serais à sa place, je ferais exactement la même chose», a confié le membre du gouvernement Lecornu.
«Que des magistrats soient indépendants dans notre pays est normal. Cependant, avec cette indépendance, il y a une responsabilité. Chaque année, il y a entre 10 et 20 magistrats qui sont sanctionnés, avec une à deux révocations par an, souvent pour des fautes déontologiques, lorsqu'il magistrat est lui-même condamné pour violences conjugales par exemple. S'il y a des erreurs caractérisées (dans le cadre de l'affaire Lyhanna, NDLR), je prendrai des sanctions», a affirmé le ministre de la Justice.
«Je me suis posé la question de ma responsabilité»
Interrogé sur son éventuel sentiment de responsabilité par Pascal Praud, l'ancien ministre de l'Intérieur a joué la carte de l'honnêteté. «Vous savez, je ne suis pas propriétaire de ma charge. En effet, j'ai déjà proposé ma démission au président de la République (dans le cadre du rejet de la loi immigration, NDLR). Je me suis dit que j'étais dans la tempête et que j'étais en train d'essayer d'appliquer l'état de droit et l'autorité du ministre sur son administration. Alors évidemment, j'y ai pensé à cette démission, parce que je ne dors pas bien depuis plusieurs jours, tout comme, j'imagine, les magistrats et les enquêteurs qui sont directement liés à cette affaire. On peut avoir fait des fautes et sans vouloir profondément», a confessé Gérald Darmanin.
«Personnellement, je me suis posé la question de savoir si j'avais une quelconque responsabilité dans la défaillance totale de ce système. Même si cela ne fait qu'un an que je suis à ce poste, je me pose la question, parce que j'ai été durant 4 ans au ministère de l'Intérieur», a avoué l'ex-locataire de l'Hôtel de Beauvau.
Une justice inefficace après les débordements ayant suivi la victoire du PSG ?
Les soirs de victoire du PSG ont été émaillés de nombreuses violences dans la capitale et dans plus de 70 villes de France. Une étude du Think tank Le Millénaire a chiffré l'ampleur des dégâts, des coûts vertigineux qui s'élèvent 104,6 millions d'euros le groupe de réflexion. Et si le code pénal prévoit bien des sanctions financières pour les casseurs, avec par exemple, pour une vitrine cassée, une amende pouvant aller jusqu'à 30.000 euros, plus du double pour des dégradations commises en réunion jusqu'à 75.000 euros, et un montant pouvant grimper jusqu'à 150.000 euros d'amende pour un véhicule incendié, dans les faits, peu de délinquants mettent réellement la main au portefeuillle.
Une apparente impunité sur laquelle est revenu le Garde des sceaux : «D'abord je me réjouis que la procureure de Paris et tous les procureurs ont appliqué ma circulaire de politique pénale. L'année dernière déjà, je m'étais exprimé sur cette polémique autour des débordements après la victoire du PSG, et on m'a dit que je ne pouvais rien faire. Cette année, les réquisitions ont été extrêmement fermes, il y a eu des détentions provisoires et il y a encore une cinquantaine d'informations judiciaires».
«Je pense qu'il faut changer la loi, pour forcer les juges du siège à appliquer la loi. Le critère d'ordre public a été supprimé par la gauche, et dans la loi que je présente et qui est au Conseil d'Etat, nous allons ajouter ce critère pour qu'il y ait une forme d'automaticité lorsque certains délits sont commis, notamment quand des policiers sont victimes. Mais dans le cadre des débordements liés à la victoire du PSG, les parquets ont travaillé nuit et jour après ces émeutes insupportables pour pouvoir poursuivre les personnes et les mettre devant la justice», a conclu Gérald Darmanin.