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Gravelbourg, le village qui rêve d'être la capitale de la moutarde

Les prairies de Gravelbourg, au Canada, le 22 mai 2013 [Clement Sabourin / AFP] Les prairies de Gravelbourg, au Canada, le 22 mai 2013 [Clement Sabourin / AFP]

A première vue, c'est un village ordinaire, avec son église et sa rue principale. Mais Gravelbourg, perdu au milieu des prairies canadiennes, a quelque chose d'unique: ses champs forment la première zone de production de graines de moutarde de la planète.

Et certains rêvent de détrôner un jour la capitale française de la moutarde, Dijon.

Pour se rendre dans cette petite communauté francophone de 1.200 âmes, il faut conduire depuis la capitale de la province de la Saskatchewan, Régina, pendant deux heures, au milieu de terres agricoles qui se fondent avec l'horizon. Dans ce territoire extrêmement plat situé dans l'ouest du Canada, les routes, monotones, semblent tracées au cordeau.

Mais Gravelbourg entend bien tirer son épingle du jeu, à l'heure où les jeunes Saskatchewanais se détournent toujours plus de l'agriculture pour aller travailler dans les mines de potasse ou d'uranium.

Ce village créé en 1906 par quatre frères venus du Québec "est au coeur de la production de la moutarde", s'enorgueillit son maire, Réal Forest.

Le Canada est en effet le premier producteur mondial (35% des graines, 50% des exportations) et les trois quarts des petites graines brunes du pays poussent dans les champs de Saskatchewan, surtout autour de Gravelbourg.

Pourtant, la moutarde n'a été introduite dans la province que dans les années 1940, alors que la tradition de cette plante remonte au XIVe siècle à Dijon, coeur historique de cette culture, dans l'est de la France.

Et tandis que la cité des Ducs de Bourgogne ne produit plus de graines et a perdu son usine Amora Maille en 2008, après le rachat du groupe par le géant anglo-néerlandais Unilever, Gravelbourg peine à se faire reconnaître comme la capitale de la moutarde.

Des pots de moutarde en vente dans un magasin de Gravelbourg, au Canada, le 22 mai 2013 [Clement Sabourin / AFP]
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Des pots de moutarde en vente dans un magasin de Gravelbourg, au Canada, le 22 mai 2013
 

"On vend le produit brut qui s'en va ailleurs ... le bénéfice s'en va aussi ailleurs", déplore l'édile, qui aimerait bien que des investisseurs viennent épauler les efforts locaux pour développer cette industrie.

"Made in Saskatchewan"

Confessant que la province "n'a pas été très bonne dans le passé" dans ce domaine, le ministre de l'Agriculture Lyle Stewart explique que les autorités veulent désormais "ajouter de la valeur aux produits agricoles locaux", en particulier la moutarde.

"De plus en plus de produits vont être transformés ici", assure-t-il, misant sur le développement de la marque "Made in Saskatchewan".

La situation s'améliore déjà lentement. Depuis deux ans, une famille locale a lancé "Gravelbourg gourmet mustard", une ligne de condiments tirée directement des récoltes avoisinantes.

"Notre objectif était de faire ça pour utiliser nos ressources locales", explique Val Michaud, qui a vendu son salon de coiffure pour lancer avec son mari leur entreprise de moutarde, la seule de Saskatchewan.

Pour le moment, ses petits pots sont uniquement distribués dans l'ouest canadien, de Vancouver à Winnipeg, mais très vite elle compte partir à la conquête de l'Est et s'implanter en Ontario, la province la plus riche et la plus peuplée. Avant de viser l'exportation.

Pour l'instant, l'entreprise ne possède même pas ses cuisines: les moutardes sont préparées dans celles du complexe scolaire francophone de Gravelbourg.

"J'aimerais bien qu'on puisse avoir les nôtres l'année prochaine", dit Mme Michaud, constamment en train de jongler entre le français, langue de ses parents, et l'anglais, majoritairement parlé au Canada.

L'ancienne coiffeuse a développé plusieurs saveurs: moutarde à l'allemande, à la française, à l'ail et aux baies.

"Avec notre entreprise, j'espère pouvoir mettre Gravelbourg sur la carte", dit-elle, convaincue que le village francophone "est le meilleur endroit du monde pour vivre et élever une famille".

Mais avant que son nom ne fasse trembler Dijon, la route s'annonce longue.

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