Valérie Gans : "écrire la reconstruction"

Valérie Gans, auteure du roman "Des fleurs et des épines" paru aux éditions JC Lattès. Valérie Gans, auteure du roman "Des fleurs et des épines" paru aux éditions JC Lattès. [© Brigitte BerangerEdition J.C.Lattès]

Des retrouvailles enthousiasmantes. Avec "Des fleurs et des épines", Valérie Gans plonge de nouveau sa plume dans l’univers haut en couleurs auquel elle avait donné vie dans "Le Bruit des silences". A travers le regard de son personnage Julie, moteur de ce nouveau roman, l’auteure s’interroge sur un sujet très actuel, la gestation pour autrui. 

 

Quel a été le déclic de ce nouveau roman ?

Quand j’ai fini "Le Bruit des silences", j’avais encore des choses à dire sur ces personnages auxquels je suis très attaché. L’histoire de Julie, qui a passé du temps avec un pervers narcissique, est une chose que j’ai vécue et c’était peut-être le moment d’en parler et d’écrire la reconstruction. 

 

C’est donc une histoire très personnelle ?

C’est quelque chose que je voulais partager. Quand je parlais du "Bruit des silences", les gens rebondissaient sur l’histoire de Julie qui n’était pourtant qu’un personnage secondaire. On me conseillait de lui donner plus d’importance parce que son itinéraire parlait aux femmes. Elles se reconnaissaient en elle.

 

Le livre parle aussi de la gestation pour autrui.

En 2008, j’avais écrit sur ce sujet dans "L’enfant des nuages". Ce thème est important pour moi parce que la maternité et la transmission me touchent. Ca fait plus de 100 ans que la psychanalyse nous dit que pour se construire on a besoin de savoir d’où l'on vient, de savoir qu’on a un père, une mère... Et la gestation pour autrui consiste dans certains cas à faire des enfants qui n’ont pas de mère, ou deux, parce qu’ils poussent dans un utérus et sont issus d’un œuf différent. Et ce paradoxe m’interpelle profondément.

 

Prenez-vous position ?

Jamais, parce que je ne saurai pas quelle position prendre. Je comprends très bien que certaines personnes aient envie d’y avoir recours et en même temps, je me demande si on ne dépasse pas certaines limites. La science permet de faire cela aujourd’hui mais doit-on le faire ? Et qu’est-ce qu’on va raconter surtout à l’enfant. En fait, l’enfant est le grand absent parce que les adultes ont un besoin, un désir, un caprice d’enfant… Mais que se passe-t-il  pour l’enfant? Comment va-t-il se construire ? C’est une grosse interrogation. Peut-on créer des enfants qui n’auront pas les références qu’on nous dit être nécessaires?

 

Vous parlez beaucoup des femmes. Et les hommes dans tout ça, quel sort leur réservez-vous ?

À l’époque du "Bruit des silences", je pense que j’étais encore en colère. Dans la nouvelle génération, on voit des hommes qui deviennent très attentifs et on a l’impression qu’ils ne savent pas très bien comment se situer par rapport à ces femmes qui font tout, veulent tout, font des études, des carrières… Je me demande si les hommes ne sont pas un peu perdus aujourd’hui. Au lieu de dire, ils sont complètement nuls, ce ne sont plus des épaules, on ne peut pas compter sur eux, en plus ils ne nous offrent même plus de fleurs et ne tiennent plus la porte… Il faut les regarder avec beaucoup d’indulgence. J’ai peut-être évolué donc par rapport à ça…

 

Pour vous, c’est l’amour qui fait tourner le monde ?

C’est ce qui fait la littérature en tout cas. Pour moi, c’est un moteur, pas forcément une recherche, une quête vaine… Il faut savoir le voir quand il est là et savoir tendre la main pour le prendre. L’amour c’est quelque chose qui vous entoure, un cocon, un vis-à-vis. On a besoin d’un alter-ego.

 

Des idées pour un nouveau roman ?  

J’ai commencé la suite et ce sera l’histoire des deux enfants. De cet enfant élevé par ces deux papas et de Marie. Ils vont être élevés côte-à-côte et on va voir ce qui va leur arriver. Je les aime ces personnages. Ils sont prenants.

 

Des fleurs et des épines, de Valérie Gans, Editions JC Lattès, 18 €.

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