Goncourt : le plus prestigieux des prix littéraires francophones

Bernard Pivot, président de l'Académie Goncourt, le 26 octobre 2015 à Tunis [FETHI BELAID / AFP/Archives] Bernard Pivot, président de l'Académie Goncourt, le 26 octobre 2015 à Tunis [FETHI BELAID / AFP/Archives]

Les relations compliquées entre l'Occident et l'Orient sont au coeur des romans des quatre écrivains en lice pour recevoir mardi à la mi-journée le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone : le Goncourt.

Le nom du successeur de Lydie Salvayre ("Pas pleurer") sera annoncé vers 12H45 au restaurant Drouant à Paris devant la presse internationale, une cérémonie qui donne traditionnellement lieu à de bruyantes bousculades. Les quatre finalistes, dévoilés le 27 octobre au musée du Bardo à Tunis, sont Hédi Kaddour et son roman "Les prépondérants" (Gallimard), Mathias Enard, auteur de "Boussole" (Actes Sud), Tobie Nathan pour "Ce pays qui te ressemble" (Stock) et Nathalie Azoulai, la seule femme du groupe, avec "Titus n'aimait pas Bérénice" (POL). Pour mériter le Goncourt, il faut "une histoire, une écriture, une ambition", a résumé lundi Bernard Pivot, président de l'Académie Goncourt, sur France Inter.

L'auteure française Nathalie Azoulai le 7 octobre 2015 à Paris [Joel Saget / AFP/Archives]
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L'auteure française Nathalie Azoulai le 7 octobre 2015 à Paris
 
"J'aime bien les prix Goncourt qui parlent du monde dans lequel nous vivons", a-t-il dit. "Un bon Goncourt est un livre qui va rencontrer plusieurs centaines de milliers de lecteurs, qui va les divertir et surtout les faire entrer dans le monde par une autre porte que celle avec laquelle ils entrent d'habitude. Un bon Goncourt, c'est pousser une porte inattendue pour le lecteur, même si elle ne s'ouvre pas facilement".

Bernard Pivot ne verra toutefois pas mardi le sacre de son favori, l'Algérien Boualem Sansal, auteur de "2084" (Gallimard), livre dévoilant un monde sous le joug d'un Etat religieux fanatique. "Il lui a manqué une voix" pour la sélection finale, a expliqué l'ancien animateur de l'émission littéraire culte Apostrophes.

Boualem Sansal a cependant reçu jeudi le grand prix du roman de l'Académie française, ex-aequo avec le Franco-Tunisien Hédi Kaddour qui figure, lui, dans l'ultime sélection du Goncourt.

Toutes les oeuvres en lice mardi ont l'Orient en commun. Racine lui-même, au coeur du roman de Nathalie Azoulai, a pris son inspiration en Orient pour certaines de ses pièces, a rappelé Philippe Claudel, un des dix membres du jury.

L'écrivain franco-tunisien Hédi Kaddour le 29 octobre 2015 à Pari [Francois Guillot / AFP/Archives]
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L'écrivain franco-tunisien Hédi Kaddour le 29 octobre 2015 à Pari
 
Au jeu des pronostics, neuf des 16 critiques interrogés vendredi par l'hebdomadaire spécialisé Livres Hebdo s'attendaient à voir Hédi Kaddour récompensé.

Chronique d'un monde en train de sombrer, "Les prépondérants" est une fresque implacable d'une société coloniale figée des années 1920 en Afrique du Nord. Le roman figure également dans la sélection du Femina (attribué mercredi) et du Médicis (décerné jeudi).

Boulevard pour les outsiders ?

Le principal handicap de Kaddour est d'avoir déjà été récompensé par les Immortels. Jusqu'à présent, seuls deux écrivains ont reçu la même année le prix de l'Académie française et le Goncourt, le dernier en date étant Jonathan Littell en 2006 pour "Les bienveillantes".

Cela pourrait favoriser Mathias Enard, 43 ans, dont 7 des 16 critiques interrogés par Livres Hebdo affirment qu'il "mérite" le prix. En septembre, Mathias Enard a reçu celui des libraires de Nancy-Le Point. Or, depuis 2013, les lauréats du prix de Nancy ont été récompensés ensuite par le Goncourt.

Roman ambitieux, "Boussole" entend réhabiliter l'Orient, face aux clichés de l'Occident. Le livre, enfiévré, tient parfois du poème. Les références culturelles innombrables font aussi parfois pencher "Boussole" vers l'essai érudit. Cette complexité est le bémol qui pourrait empêcher Enard de décrocher le Goncourt, seul prix pour lequel il a été sélectionné.

Cela va-t-il ouvrir un boulevard pour les outsiders Nathalie Azoulai et Tobie Nathan? L'an dernier, tout le monde attendait l'Algérien Kamel Daoud et ce fut Lydie Salvayre.

L'auteur et ethnopsychiatre français Tobie Nathan le 17 juillet 2015 à Paris [Joel Saget / AFP/Archives]
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L'auteur et ethnopsychiatre français Tobie Nathan le 17 juillet 2015 à Paris
 

Avec son roman sur l'Egypte de son enfance et la communauté juive du Caire, l'ethnopsychiatre Tobie Nathan, 66 ans, livre un roman puissant qui possède toutes les qualités romanesques pour séduire un large public: soubresauts de l'Histoire, personnages attachants, amour contrarié...

Savant sans être pesant, le roman de Nathalie Azoulai, 49 ans, est une histoire d'amour déçu d'aujourd'hui, à l'ombre du grand Racine. Servi par une écriture sobre et limpide, ce livre est lumineux. Outre le Goncourt, il figure d'ailleurs également dans les sélections du Femina et du Médicis.

Depuis 1975, le Goncourt n'a couronné que six femmes, dont Lydie Salvayre l'an dernier.

 

 

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