Les caméras embarquées, anges-gardiens de l'automobiliste russe

Une mini-caméra dans une voiture roulant à Moscou, le 12 mars 2013 [Yuri Kadobnov / AFP] Une mini-caméra dans une voiture roulant à Moscou, le 12 mars 2013 [Yuri Kadobnov / AFP]

Leurs images de météorites ou de crash d'avion ont fait le tour du monde sur internet. Mais si les Russes s'arrachent les mini-caméras qu'ils fixent à leur pare-brise, c'est d'abord pour se protéger de l'arbitraire des routes et de la corruption policière.

15 février: une météorite se désintègre au dessus de Tcheliabinsk, dans l'Oural. Dans les minutes qui suivent, de spectaculaires images de traînées incandescentes dans le ciel matinal apparaissent sur le site de partage de vidéos YouTube.

La plupart de ces films, qui vont enregistrer des millions de visionnages, sont réalisés depuis des tableaux de bord. Dans les jours suivants, la presse russe s'amuse de voir le monde découvrir la popularité de ces petites caméras qui scrutent en permanence et en haute définition les routes du pays.

Un tank qui traverse inopinément la route, un chargement de vaches qui se déverse sur le bitume, ou le crash d'un avion de ligne en décembre à Moscou: ces images, souvent absurdes, parfois dramatiques, se répandent à chaque fois comme des traînées de poudre sur la toile.

Selon le distributeur spécialisé Euroset, les ventes de ces petites caméras, absentes il y a encore quelques années du marché, ont approché 1,5 million d'unités en 2012, soit cinq fois plus que l'année précédente.

"Etant donné le nombre de visionnages de ces vidéos, qui atteint parfois des millions, certains achètent ces caméras pour recevoir leur part de gloire", ironise Pavel Volkov, responsable du département électronique d'Euroset.

Une mini-caméra dans une voiture roulant à Moscou, le 12 mars 2013 [Yuri Kadobnov / AFP]
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Une mini-caméra dans une voiture roulant à Moscou, le 12 mars 2013
 

Mais la première raison du succès de ces petits appareils, pour la plupart fabriqués en Chine et vendus entre environ 30 et 200 euros, c'est "le souhait d'avoir un témoignage en cas de contentieux sur la route", poursuit-il.

Dans un pays où la conduite est parfois rendue périlleuse par la mauvaise qualité des routes ou un respect approximatif du code de la route, les enregistreurs apportent un moyen de faire valoir ses droits face à des autorités qui inspirent peu confiance.

"C'est un moyen de garder l'esprit tranquille, de se protéger contre des gens qui veulent vous mettre en cause dans de faux accidents", explique Sergueï Zaïtsev, chef d'équipe dans un magasin moscovite du distributeur d'électroménager MVideo.

"Ou dans des cas où la police, disons, outrepasse ses droits", poursuit-il, sourire en coin.

Autrement dit, il s'agit autant de se protéger des autres conducteurs que d'une police gangrénée par la corruption. Le phénomène est tel que selon le quotidien Moskovski Komsomolets, certains députés souhaitent interdire l'usage de ces espions numériques.

Alexeï Dozorov a fait plusieurs fois l'expérience de leur utilité. Quand, percuté par une voiture à un carrefour, ce résident de la banlieue de Moscou est accusé d'avoir grillé un feu au guidon de son deux roues, il visionne aussitôt le film des événements, saisi par la caméra accrochée autour de son cou.

"Il était évident que j'étais passé au feu vert, que j'avais la priorité. C'est donc le conducteur de la voiture qui a été désigné responsable", raconte ce militant des droits des automobilistes.

Bilan: une économie de plus de 1.000 euros de réparations, pour un appareil qui en vaut une centaine.

 
 

"Les gens ont l'impression que s'ils ont un accident, la police ne sera pas capable de déterminer qui est responsable et essayera de punir celui qui n'a pas d'influence politique ou qui paie le moins de pots de vin", observe Konstantin Sonine, directeur-adjoint de la Nouvelle école d'Economie de Moscou.

"Ce n'est pas pour rien qu'en Europe et en Amérique, les gens n'achètent pas ces caméras", relève-t-il.

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