La Chine empêche les hommages aux victimes de Tiananmen

Un policier en civil (G) suit des journalistes sur la place Tiananmen à Pékin le 4 juin 2013 [Ed Jones / AFP] Un policier en civil (G) suit des journalistes sur la place Tiananmen à Pékin le 4 juin 2013 [Ed Jones / AFP]

La police chinoise a restreint mardi l'accès à un cimetière où sont inhumées des victimes de la répression du mouvement démocratique de Tiananmen, tandis qu'à Hong Kong 150.000 personnes étaient attendues à une grande veillée pour le 24e anniversaire du 4 juin 1989.

Sous un ciel bas, les policiers déployés à l'extérieur du cimetière de Wanan, dans l'ouest de Pékin, en bloquaient l'entrée principale et ont demandé à des journalistes de l'AFP de quitter les lieux.

Les familles des étudiants tués par l'armée chinoise ont l'habitude de se rendre à ce cimetière pour des cérémonies surveillées de près.

Seulement une dizaine de parents de victimes ont finalement été autorisés à y entrer, sous escorte policière. Parmi eux se trouvait Zhang Xianling, qui a perdu son fils de 19 ans.

Depuis samedi dernier, des gardes l'attendent en bas de chez elle pour la suivre dans tous ses déplacements, a-t-elle relaté à l'AFP. Des policiers en civil ont même selon elle filmé les personnes se recueillant devant les tombes.

Mais, pour la première fois depuis des années, Mme Zhang a eu le droit de parler à d'autres personnes endeuillées. "Nous pouvons nous retrouver seulement une fois par an, c'était tellement cruel de nous empêcher (de parler entre nous)".

Près d'un quart de siècle après que le Parti communiste chinois (PCC) a envoyé les chars pour mater la contestation au coeur de la capitale, l'anniversaire de Tiananmen reste une date hyper-sensible pour le régime.

Toute discussion publique ou commémoration des événements reste interdite.

Des touristes sautent en l'air pendant que leurs amis les prennent en photo sur la place Tiananmen à Pékin, le 4 juin 2013 [Ed Jones / AFP]
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Des touristes sautent en l'air pendant que leurs amis les prennent en photo sur la place Tiananmen à Pékin, le 4 juin 2013

Le sujet demeure également tabou dans les médias et une censure draconienne s'exerce sur les réseaux sociaux, où toute recherche sur la date du 4 juin, ou des mots tels que "Tiananmen" ou "bougie" était bloquée mardi.

La place Tiananmen elle-même était placée sous un dispositif de haute surveillance, avec véhicules de police et hommes de la sécurité en civil contrôlant au hasard les identités des touristes chinois posant pour la traditionnelle photo devant le drapeau national ou le portrait de Mao Tsé-toung.

Non loin, un vendeur de snacks glissait à voix basse: "La plupart des policiers sont en civil, on ne peut jamais savoir quand ils écoutent".

L'immense majorité des jeunes Chinois nés après 1989, ou trop jeunes à l'époque pour se souvenir, n'ont aucune notion de ce qui s'est passé le 4 juin.

Les manuels scolaires sont expurgés de toute référence à ces événements, la plus grave remise en cause du régime depuis sa fondation par Mao en 1949.

Le souvenir du 4 juin est entretenu principalement par des artistes et des intellectuels contestataires, à peine tolérés des autorités.

Celles-ci ont fait taire ou écarté quelques dissidents et défenseurs des droits de l'Homme particulièrement surveillés.

Liu Xiaoyuan, un avocat et militant des droits de l'Homme, a ainsi annoncé que son compte de microblogs avait été neutralisé après qu'il eut publié l'image d'une bougie en souvenir des victimes.

"Dans ce pays, tout l'enjeu revient à allumer ou à éteindre une bougie", a de son côté commenté l'artiste Ai Weiwei.

Le massacre du 4 juin a conclu 50 jours d'appels à la démocratie et à la liberté par la jeunesse étudiante chinoise, rejointe massivement par la population.

Zhao Ziyang est mort en résidence surveillée en 2005. Mardi, des policiers en civil patrouillaient dans la ruelle étroite proche de la Cité Interdite où il vivait.

La nouvelle direction chinoise, emmenée par le président Xi Jinping, n'a manifesté jusqu'à présent aucune intention de "renverser le verdict" de Deng Xiaoping.

Le bilan exact de la répression n'a encore jamais établi. Le gouvernement chinois d'alors avait parlé de 241 morts, soldats compris, et 7.000 blessés.

Les observateurs indépendants avaient chiffré à plus d'un millier le nombre de tués à Pékin, sans compter les morts en province.

Comme chaque année, Hong Kong et Macao useront de leur situation privilégiée d'anciennes colonies britannique et portugaise pour organiser en soirée une immense veillée aux chandelles pour se rappeler au souvenir de Pékin.

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