République tchèque : incertitude après la percée des populistes

Le milliardaire tchèque Andrej Babis, chef de file du parti populiste ANO, célèbre les résultats des législatives, le 26 octobre 2013 à Prague [Michal Cizek / AFP] Le milliardaire tchèque Andrej Babis, chef de file du parti populiste ANO, célèbre les résultats des législatives, le 26 octobre 2013 à Prague [Michal Cizek / AFP]

L'incertitude dominait dimanche à Prague après les résultats des législatives soldées par une courte victoire des sociaux-démocrates et une percée inattendue des populistes d'ANO, qui complique les tractations sur la future coalition gouvernementale.

Les sociaux-démocrates (CSSD) sont arrivés en première position mais leur résultat étriqué (20,45%) constitue une victoire à la Pyrrhus pour leur chef Bohuslav Sobotka qui espérait un score de 30% pour atteindre une majorité avec l'apport des communistes du KSCM.

Cet allié potentiel n'a obtenu que 14,91% des voix, arrivant en troisième position derrière le mouvement ANO fondé en 2011 par Andrej Babis, deuxième fortune du pays, propriétaire du puissant groupe Agrofert (agroalimentaire, chimie) et de l'influent groupe médiatique MAFRA.

Sociaux-démocrates et communistes n'ont réuni ensemble que 83 sièges au sein de la chambre basse de 200 élus, nettement sous la majorité espérée.

"Aucun gouvernement ne sera maintenant possible sans un soutien, actif ou passif, d'ANO", a laconiquement constaté le politologue Tomas Lebeda.

Le mouvement ANO (oui en tchèque et acronyme pour Action des citoyens insatisfaits) est devenu la deuxième force politique du pays avec 18,65% des voix après une campagne agressive contre les partis politiques traditionnels, ralliant les suffrages des Tchèques, lassés de la politique d'austérité du gouvernement de centre droit de Petr Necas tombé en juin.

Le chef de file du parti social-démocrate tchèque CSSD, Bohuslav Sobotka, donne une conférence de presse à Prague, le 26 octobre 2013 [Radek Mica / AFP]
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Le chef de file du parti social-démocrate tchèque CSSD, Bohuslav Sobotka, donne une conférence de presse à Prague, le 26 octobre 2013
 

Au sein d'une chambre basse fragmentée entre sept partis, une seule coalition hypothétique s'annonce plus ou moins réaliste: celle réunissant le CSSD, ANO et les chrétiens-démocrates (KDU-CSL). Ces trois formations disposent ensemble de 111 des 200 voix.

"La variante la plus probable, c'est la coalition entre le CSSD et le KDU-CSL, avec un soutien d'ANO", a déclaré l'analyste Jan Outly.

"Les tractations seront difficiles, un gouvernement minoritaire ainsi qu'un gouvernement de coalition figurent parmi les alternatives", a affirmé M. Sobotka.

"Il y a une certaine logique dans un gouvernement incluant le CSSD, ANO et notre parti, mais les choses seront loin d'être faciles, en raison des opinions différentes sur des sujets importants", a averti le chef du KDU-CSL, Pavel Belobradek.

M. Babis a formellement exclu une coopération d'ANO avec le KSCM et les deux partis de droite entrés au Parlement (TOP 09 et ODS), "corrompus" selon lui, se montrant aussi très réticent vis-à-vis du CSSD.

"Nous ne soutiendrons sûrement pas un gouvernement de gauche", a martelé samedi soir M. Babis, ex-membre du parti communiste avant la "Révolution de velours" de 1989. Il a toutefois adouci peu après sa rhétorique en admettant qu'il allait mener des négociations avec les sociaux-démocrates sur la participation éventuelle à un gouvernement.

Les programmes du CSSD et d'ANO prônent tout deux l'instauration d'une pension de retraite minimum et la déclaration du patrimoine, mais divergent sur la hausse des impôts à laquelle ANO est opposé.

Les programmes du CSSD et du KDU-CSL divergent de leur côté sur le dossier épineux de la loi adoptée en 2012 sur les compensations des biens des Eglises, saisis par l'ancien régime communiste (1948-1989).

Farouchement opposé surtout à une compensation financière de 59 milliards de couronnes (2,3 milliards d'euros) que l'Etat doit prochainement verser aux Eglises, le CSSD réclame un gel de la loi et un nouveau débat.

Dans ce contexte, certains n'excluent pas de nouvelles élections.

"Les cartes n'ont pas bien été distribuées. La République tchèque n'échappera pas à de nouvelles élections anticipées, d'ici un ou deux ans", a estimé le chef du parti de droite TOP 09 passé dans l'opposition, l'ex-ministre des Affaires étrangères Karel Schwarzenberg.

"Je crains que de nouvelles élections anticipées nous attendent bientôt, car il sera particulièrement difficile de former une coalition raisonnable dans ce Parlement à sept partis", a renchéri l'ex-présidente de la chambre basse Miroslava Nemcova (ODS).

"Le résultat des élections est tragique, un nouveau scrutin pourrait avoir lieu au printemps", a de son côté affirmé Ondrej Liska, chef du parti des Verts, resté quant à lui devant la porte de la Chambre basse.

 

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