Mali : découverte d'un charnier de 21 corps

Un convoi militaire transportant Amadou Sanogo, l'auteur du putch au Mali en 2012, après son arrestation le 27 novembre 2013 à Bamako Un convoi militaire transportant Amadou Sanogo, l'auteur du putch au Mali en 2012, après son arrestation le 27 novembre 2013 à Bamako [Habibou Kouyaté / AFP/Archives]

Un charnier de 21 corps, sans doute des "bérets rouges", des militaires proches du président Amadou Toumani Touré renversé en mars 2012, a été découvert mercredi à Diago, près de Bamako, une semaine après l'arrestation de l'auteur du putsch, Amadou Sanogo.

"Nous avons découvert un charnier de 21 corps, probablement de militaires +bérets rouges+ dans une fosse commune de Diago. Les corps ont été exhumés", a déclaré un responsable du ministère malien de la Justice qui a participé à l'exhumation.

Cette information a été confirmée par une source sécuritaire malienne qui a indiqué "que des cartes d'identité retrouvées dans la fosse commune semblent confirmer qu'il s'agit de militaires +bérets rouges+ disparus".

A 500 mètres de l'endroit où le charnier a été découvert, dans la commune de Diago, non loin de l'ex-quartier général de Sanogo et ses hommes situé à Kati (15 km de Bamako), les forces de sécurité empêchaient l'accès du lieu à la presse et aux curieux, a constaté un journaliste de l'AFP.

Cette découverte n'est pas une surprise pour un proche collaborateur du juge d'instruction Yaya Karembe qui a inculpé le général Amadou Sanogo.

Le capitaine Amadou Sanogo, le 3 avril 2012 au camp militaire de Kati, près de Bamako, au Mali [Issouf Sanogo / AFP/Archives]
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Le capitaine Amadou Sanogo, le 3 avril 2012 au camp militaire de Kati, près de Bamako, au Mali
 

"Nous avions des indices peu avant l'inculpation de Sanogo. L'endroit était connu (...) car depuis trois semaines, les ex-compagnons de Sanogo avaient donné des informations précises sur le charnier", explique ce collaborateur du juge, présent sur place.

"Mais je veux être prudent", ajoute-t-il, "Nous avons besoin de faire des analyses avant de dire qu'il s'agit bien des corps de +bérets rouges+. En l'état actuel de nos moyens, nous ne pouvons pas le prouver et nous demanderons sûrement l'aide de pays comme la France".

Selon lui, c'est peu avant 03h00 (locales et GMT) mercredi que l'exhumation des corps s'est déroulée en présence de policiers, de membres des services maliens de renseignement et du juge d'instruction Karembe.

Cette découverte intervient une semaine après l'arrestation, l'inculpation et l'incarcération d'Amadou Haya Sanogo, auteur du coup d'Etat du 22 mars 2012 contre le président Touré qui avait plongé la Mali dans le chaos. Son arrestation a été suivie de celle d'une quinzaine de ses proches, essentiellement des militaires.

Probables victimes du contre-coup d'Etat d'avril 2012

Selon le gouvernement malien, "pour l'instant, M. Amadou Sanogo est inculpé de complicité d'enlèvement de personnes", mais une source proche du juge Karembe a affirmé à l'AFP qu'il a été inculpé de "meurtres, complicité de meurtres, assassinats, enlèvement de personnes et complicité d'enlèvement".

Le 30 avril 2012, les "bérets rouges" avaient vainement tenté de reprendre le pouvoir lors d'une tentative de contre-coup d'Etat sanglante au cours de laquelle une vingtaine d'entre eux avaient été tués par les "bérets verts", les hommes de Sanogo, mais dont les corps n'avaient jamais été retrouvés.

Ce ne sont pas les seules exactions dont sont soupçonnés Sanogo et ses hommes: dans les mois qui ont suivi le coup d'Etat, Kati avait été le lieu de nombreuses violences commises contre des militaires considérés comme fidèles au président renversé, ainsi que contre des hommes politiques, des journalistes et des membres de la société civile.

Le coup d'Etat avait précipité la chute du nord du Mali aux mains de groupes islamistes armés, qui ont occupé cette région pendant neuf mois avant d'en être en partie chassés par une intervention militaire internationale lancée par la France en janvier 2013 et toujours en cours.

Le ministre malien de la Défense, Soumeylou Boubèye Maïga, a affirmé lundi qu'il ne ferait "aucun obstacle" aux procédures judiciaires en cours contre Amadou Sanogo et ses proches.

Obscur capitaine au moment du putsch, Sanogo avait été bombardé général en août sans jamais avoir combattu les islamistes dans le Nord.

Ce fut l'une des dernières décisions du régime de transition mis en place après le coup d'Etat, mais Sanogo est tombé en disgrâce depuis l'entrée en fonction du nouveau président élu en août, Ibrahim Boubacar Keïta.

 

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