Quelle vie à Fukushima ?

Le gouvernement vient à peine d’autoriser l’accès à une première zone interdite.[YOSHIKAZU TSUNO / AFP]

Le 11 mars 2011, un tsunami suivi d’une catastrophe nucléaire dévastateurs frappaient le Japon, où le retour à la normale est difficile.

 

Silence pesant, tôles qui grincent, déchets qui volent…  La région de Fukushima est aujourd’hui un véritable no man’s land où les ruines côtoient les habitations encore debout. Il y a trois ans jour pour jour, à 14 h 46 (heure locale), un tremblement de terre de magnitude 9 provoquait un tsunami qui allait dévaster 600 kilomètres de côtes et toucher la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.

Un drame qui s’est produit en deux temps faisant officiellement 15 881 morts et 2 676 disparus dans le pays. Sans compter les quelque 2 000 personnes décédées depuis, notamment à cause de complications de santé. Pour les survivants, le retour à leur vie d’avant semble impossible. Pour le Japon dans son ensemble, le traumatisme est immense.

 

Hantés par la vague

Trois ans après la catastrophe, environ 100 000 personnes vivent encore dans des maisons en préfabriqué, attendant de rentrer chez eux. Elles s’entassent dans des habitations de moins de 30 m2.

Et pour la plupart, cette situation risque de durer. En effet, le gouvernement vient à peine d’autoriser l’accès à une première zone interdite, dite zone 1. A partir du 1er avril, environ 300 habitants de la ville de Tamura pourront retrouver leur maison.

D’ici à deux ans, 30 000 autres devraient faire de même. «Ceux qui décident de revenir sont souvent des personnes âgées, qui sont en fin de vie, explique Jean-François Sabouret*, chercheur au CNRS et auteur de Besoin de Japon (Seuil). Nombreuses sont les familles qui partent vivre dans la montagne ou dans d’autres préfectures parce qu’elles sont hantées par ce qui s’est passé sur la côte.»

Mais des milliers de Japonais qui habitaient dans la zone la plus touchée (zone 3), trois fois plus contaminée, ne pourront pas revenir dans leurs villages avant des dizaines d’années à cause des radiations. Un traumatisme d’autant plus grand que la lenteur de la reconstruction mine aussi le moral de la population.

 

Un futur avec le nucléaire

Malgré la psychose, le gouvernement n’a pu se résoudre à abandonner l’énergie nucléaire. Shinzo Abe, le Premier ministre élu il y a un peu plus d’un an, a d’ailleurs enterré le projet de «zéro nucléaire» d’ici à 2040 lancé par son prédécesseur en septembre 2012. «Les réacteurs jugés sûrs devront être remis en exploitation», estime-t-il.

Aujourd’hui, cinquante des cinquante-deux réacteurs de l’archipel sont encore arrêtés. Pour les remettre en marche, Shinzo Abe met en avant des raisons économiques, assurant que le Japon, dépourvu de ressources naturelles, serait dans l’obligation d’importer énormément de gaz et de pétrole pour remplacer le nucléaire. Un point de vue qui est partagé par une grande partie de la population, fataliste.

«Les Japonais se disent qu’il n’y a pas d’alternative», explique Jean-François Sabouret. Un changement de mentalité pourrait toutefois être impulsé par Sayonara Genpatsu («Adieu nucléaire»), un mouvement lancé par le journaliste japonais Satoshi Kamata ainsi que par le prix Nobel de littérature, Kenzaburo Oe.

 

*Jean-François Sabouret a préfacé "Mille cercueils", de Kôta Ishii (Editions du Seuil). Le livre a donné lieu à une adaptation en film, qui sera projeté ce soir à 19h30 à la Maison de la Culture du Japon à Paris.

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