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Afghanistan: Ghani et Abdullah en quête de réconciliation nationale et régionale

Des électeurs afghans aux urnes à Kaboul, le 5 avril 2014  [Shah Marai / AFP/Archives] Des électeurs afghans aux urnes à Kaboul, le 5 avril 2014 [Shah Marai / AFP/Archives]

Réconciliation avec les rebelles talibans, le Pakistan voisin et l'actuel président Hamid Karzaï: les deux favoris à l'élection présidentielle afghane promettent d'oublier d'anciennes rancœurs et de surmonter la vengeance s'ils sont portés au pouvoir.

La Commission électorale indépendante (IEC) distille depuis dimanche des résultats préliminaires du premier tour de la présidentielle afghane du 5 avril.

Bien que ces données demeurent fragmentaires, deux candidats tirent clairement leur épingle du jeu: l'ancien chef de la diplomatie Abdullah Abdullah (41,9%) et l'économie Ashraf Ghani (37,6%) qui pourraient s'affronter dans un possible second tour.

Si M. Abdullah concentre ses appuis dans les zones peuplées par les Tadjiks, dans le nord du pays, M. Ghani, lui, peut se féliciter de son ascendant dans les régions habitées par le peuple pachtoune plus au sud.

Les deux hommes avaient mordu la poussière lors de la dernière élection, en 2009, Abdullah Abdullah terminant en deuxième place derrière Hamid Karzaï dont la réélection avait été entachée de fraudes.

A l'époque, Abdullah avait subi des pressions énormes pour ne pas porter le scrutin à un second tour et avait accusé le président Karzaï d'avoir "volé" l'élection.

Cette fois, M. Karzaï ne peut participer à la présidentielle, la Constitution lui interdisant de briguer un troisième mandat, et Abdullah n'a pas le coeur à la vengeance. Au contraire, il souhaite voir son ex-rival jouer un rôle dans le futur de l'Afghanistan, pays affligé par la coriace rébellion des talibans.

"Le président (Karzaï) aura un rôle à jouer dans l'avenir du pays. Et je ne parle pas d'un simple rôle administratif, je parle d'un rôle politique et au niveau national", soutient M. Abdullah lors d'un entretien à l'AFP dans sa résidence à Kaboul. "Je ne vais pas emprunter le sentier de la vengeance", assure-t-il.

S'il souhaite discuter avec les talibans, insurgés favorables à l'application de leur version rigoriste de la loi musulmane, afin de stabiliser le pays après le retrait des forces de l'Otan fin 2014, M. Abdullah n'est pas prêt à sacrifier les droits de l'Homme sur l'autel de la paix.

"Il est hors de question de faire des compromis sur les droits fondamentaux. Il s'agit de valeurs pour lesquelles la population d'Afghanistan s'est battue et a fait des sacrifices. Or sacrifier ces droits en pensant que cela va apporter la paix est une illusion", souligne-t-il.

- Réconciliation régionale -

Le président afghan sortant Hamid Karzai va voter à Kaboul le 5 avril 2014 [Wakil Kohsar / AFP/Archives]
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Le président afghan sortant Hamid Karzai va voter à Kaboul le 5 avril 2014

Les autorités à Kaboul accusent régulièrement le Pakistan de le déstabiliser en soutenant les talibans, des accusations rejetées par Islamabad qui soupçonne son voisin d'appuyer de son côté des talibans pakistanais dans ce qui prend des airs de guerre par groupes rebelles interposés.

Pour Ashraf Ghani, "le but serait d'en arriver à une relation spéciale entre l'Afghanistan et le Pakistan apparentée à celle développée par la France et l'Allemagne après la Seconde Guerre", confie-t-il dans un entretien à l'AFP.

"Par le passé, il y avait une distinction entre les +bons talibans+ et les +mauvais talibans+", dit-il en référence à la politique traditionnelle du Pakistan de soutenir certains insurgés afghans tout en luttant contre les rebelles islamistes hostiles au pouvoir à Islamabad.

Mais le Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif, vainqueur des législatives de mai 2013, "voit le fondamentalisme comme un problème en soi" et non comme un instrument dans les relations "d'Etat à Etat" estime M. Ghani, confiant de pouvoir de détendre les relations avec son voisin.

MM. Ghani et Abdullah sont par ailleurs tous deux favorables à l'accord de sécurité bilatéral (BSA) avec Washington qui prévoit le maintien d'une force occidentale résiduelle en Afghanistan après le retrait de l'Otan.

S'ils s'entendent sur de nombreux points, les deux hommes risquent de croiser le fer dans un éventuel second tour au terme duquel ils pourraient devoir se réconcilier, l'un avec l'autre.

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