Irak: l'UE sonne la mobilisation de ses ministres des Affaires étrangères

Le chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton à Bruxelles le 22 juillet 2014 [Thierry Charlier / AFP/Archives] Le chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton à Bruxelles le 22 juillet 2014 [Thierry Charlier / AFP/Archives]

L'Union européenne a décidé de convoquer une réunion d'urgence de ses ministres des Affaires étrangères pour mettre en place un pont aérien d'aide humanitaire en Irak et fournir des armes aux combattants kurdes qui tentent de contrer l'avancée des jihadistes de l'Etat islamique.

"Catherine Ashton (chef de la diplomatie européenne) est prête a réunir dès cette semaine les ministres européens des Affaires étrangères et elle vérifie avec les Etats si cela est possible", a annoncé mercredi un de ses porte-parole.

Mme Ashton revient du Vietnam, où elle était en déplacement officiel, et aucune date n'est écartée, même celle du 15 août.

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a insisté en termes peu amènes sur l'urgence d'une telle réunion. "Je sais bien que dans les pays occidentaux c'est la période des vacances, mais enfin quand il y a des gens qui meurent, j'allais dire qui crèvent, il faut revenir de vacances", a-t-il tonné mardi.

Son homologue italienne, Federica Mogherini, dont le pays assure la présidence semestrielle des réunions ministérielles de l'UE, a apporté son soutien à cette exigence.

Un premier échange de vues a été organisé mardi au cours d'une réunion du Comité politique et de sécurité (COPS), chargé de traiter les situations de crise.

Les capitales de l'UE se sont mises d'accord lors de cette réunion pour "renforcer de toute urgence la coordination humanitaire et accéder aux populations déplacées" en Irak et pour laisser les Etats membres qui le souhaitent livrer des armes aux combattants kurdes "en réponse à une demande urgente des autorités irakiennes".

- "Enorme concession" -

La livraison d'armes est une compétence des Etats membres. L'Irak est soumis à un embargo mais des exceptions ont été prévues en 2004 pour permettre des fournitures d'armes et de matériel à la demande du gouvernement irakien.

Aucun Etat ne s'est opposé mardi à ce que les gouvernements européens qui le souhaitent répondent aux demandes du gouvernement irakien, qui a lui même déja fourni des armes aux combattants kurdes face aux jihadistes.

Il s'agit d'une "énorme concession" arrachée par Paris à de nombreux partenaires très réticents, a commenté une source européenne. Dans la foulée, le président François Hollande a annoncé mercredi sa décision de "faire acheminer des armes en Irak dans les heures qui viennent" pour "soutenir la capacité opérationnelle des forces engagées contre l’Etat islamique".

L'Europe se mobilise également face à la tragédie qui se joue dans le nord de l'Irak, où 20.000 à 30.000 membres de la minorité yazidi pourchassés par les jihadistes se sont réfugiés dans les montagnes de Sinjar "dans des conditions horribles", a souligné Kristalina Georgieva, la commissaire européenne responsable de l'aide humanitaire.

La Commission européenne a débloqué mardi cinq millions d'euros pour leur fournir des abris, des médicaments et des vivres, et les Etats se sont concertés sur les moyens à mettre en oeuvre pour acheminer cette première assistance.

- Vers un pont aérien européen -

"Le problème n'est pas l'argent, c'est l'accès", a-t-elle toutefois souligné. "Pour l'instant l'aide est parachutée, mais c'est une mesure extrême, car ce n'est pas précis", a-t-elle déploré.

L'armée de l'air britannique, qui procède depuis dimanche à des parachutages, a ainsi été contrainte d'annuler un largage lundi "par crainte de blesser des personnes au sol".

Un combattant peshmerga à Bashiqa, à 13 kilomètres au nord-est de Mossoul, en Irak, le 12 août 2014 [Ahmad Al-Rubaye / AFP]
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Un combattant peshmerga à Bashiqa, à 13 kilomètres au nord-est de Mossoul, en Irak, le 12 août 2014

"Les besoins en aide explosent en Irak", a averti Mme Georgieva. Le Nord du pays a accueilli plus de 200.000 réfugiés venus de Syrie via le Kurdistan, et les conflits internes entre sunnites et chiites ont provoqué d'énormes déplacements de populations.

"Nous attendons une demande des Nations unies ou des autorités irakiennes pour déclencher le mécanisme de protection civile, ce qui permettra aux Etats de demander un cofinancement européen pour le coût des transports", a annoncé Mme Georgieva. "La demande n'a pas encore été faite, mais nous l'anticipons et nous nous préparons", a-t-elle assuré.

Les chefs des diplomaties de l'UE discuteront également de la crise entre l'Ukraine et la Russie, et de la situation dans la bande de Gaza. Ils doivent se réunir à nouveau de manière informelle les 28 et 29 août à Milan (Italie).

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