Irak: l'armée bombarde des jihadistes pour sauver les habitants d'une cité assiégée

Un combattant turcomane chiite tient une position à Amerli, une ville assiégée par l'Etats islamique, à 160 km au nord de Bagdad, le 4 août 2014 [Ali al-Bayati / AFP/Archives] Un combattant turcomane chiite tient une position à Amerli, une ville assiégée par l'Etats islamique, à 160 km au nord de Bagdad, le 4 août 2014 [Ali al-Bayati / AFP/Archives]

L'aviation irakienne a commencé à bombarder les jihadistes de l'Etat islamique qui assiègent la ville turcomane chiite d'Amerli, où les habitants manquent d'eau, de vivres et craignent d'être massacrés, l'EI menant dans les régions qu'il contrôle un "nettoyage ethnique et religieux" selon l'ONU.

Alors que l'avancée de l'EI, qui a proclamé un califat à cheval entre la Syrie et l'Irak suscite une inquiétude croissante de la communauté internationale, au moins neuf pays ont promis des armes aux forces kurdes irakiennes, fer de lance de la contre-offensive dans ce pays.

Parallèlement, selon le New York Times, le président Barack Obama est sur le point de prendre une décision concernant des frappes aériennes en Syrie et cherche à constituer une coalition internationale. Les Etats-Unis, qui ont commencé des vols de reconnaissance sur le territoire syrien, mènent déjà depuis le 8 août des raids aériens dans le nord de l'Irak, en soutien aux forces kurdes.

Dans ce pays, la situation dans la ville chiite turcomane d'Amerli, assiégée depuis deux mois par l'EI, devient de plus en plus préoccupante, les habitants manquant d'eau et de nourriture et craignant un massacre si les jihadistes prennent la cité.

L'armée irakienne a mené neuf raids mardi contre des positions de combattants islamistes, selon un colonel.

- 'Aucune possibilité d'évacuation' -

Les habitants réclament depuis des semaines une intervention militaire, affirmant que leurs ressources ne cessent de diminuer. L'électricité est coupée et les hélicoptères leur apportant de l'aide et des munitions sont pris pour cibles par les jihadistes, a expliqué Nihad al-Bayati, un ingénieur qui a pris les armes pour défendre sa ville natale.

Il n'y a "pour l'instant aucune possibilité d'évacuer" les habitants et l'aide humanitaire qui leur parvient est limitée, a déploré Eliana Nabaa, porte-parole de la mission de l'ONU en Irak.

Samedi, le représentant spécial de l'ONU à Bagdad, Nickolay Mladenov, avait déjà appelé à une "action immédiate pour empêcher un possible massacre".

Parallèlement, les Etats-Unis poursuivaient leurs frappes dans le nord du pays. Ils ont indiqué avoir détruit mardi deux véhicules blindés de l'EI et endommagé un troisième près d'Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

Alors que les forces kurdes sont en première ligne dans la bataille, le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a annoncé que huit pays --Etats-Unis, Albanie, Canada, Croatie, Danemark, Italie, France et Royaume-Uni-- s'étaient "engagés à (leur) fournir des armes". Le président du Kurdistan a indiqué pour sa part que l'Iran avait été le premier pays à lui en fournir, portant à 9 le nombre d'Etats impliqués.

Les Etats-Unis ont par ailleurs commencé leurs vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie pour localiser les positions de l'EI, qui y a revendiqué la décapitation du journaliste américain James Foley. Ces vols visent à préparer d'éventuelles frappes.

Tandis que de nombreux pays occidentaux et arabes ont réclamé la chute du régime de Bachar al-Assad, qui a violemment réprimé en 2011 un mouvement de contestation populaire, devenu depuis une guerre aux aspects de plus en plus complexes, la présence de jihadistes ultra-radicaux en Syrie place Washington dans une situation inconfortable.

- 'Coordination exclue avec le régime Assad' -

Le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, a déclaré lundi que son pays était prêt à coopérer avec la communauté internationale, y compris avec Washington, pour lutter contre les jihadistes, mais a averti que toute frappe en Syrie devait se faire en coopération avec Damas, sous peine d'être considérée comme une "agression".

La Maison Blanche a néanmoins exclu toute "coordination avec le régime Assad" dans ce domaine.

Mardi, une source syrienne à Damas a affirmé à l'AFP que "la coopération a déjà commencé et que les Etats-Unis fournissent des informations à Damas par le biais de Bagdad et de Moscou". Mais la porte-parole du département d'Etat, Marie Harf, a démenti sur Twitter, assurant que cette affirmation est "fausse".

L'armée de l'air syrienne a effectué mardi douze raids contre des positions des jihadistes dans la province pétrolière de Deir Ezzor, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), en soulignant qu'il s'agissait des raids les plus massifs menés depuis que l'EI a pris le contrôle de la quasi-totalité de cette région début juillet.

La Maison Blanche a annoncé mardi soir qu'un Américain, soupçonné d'être un jihadiste de l'EI, avait été tué le week-end dernier dans des combats en Syrie.

Selon le département d'Etat, quelque 12.000 jihadistes étrangers venant de 50 pays différents se sont rendus en Syrie depuis le début du conflit il y a plus de trois ans.

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