Les jihadistes ont pris le QG kurde à Kobané

La ville de Kobané, en Syrie, le 7 octobre 2014. [ARIS MESSINIS / AFP]

Les jihadistes ont pris vendredi le QG des forces kurdes à Kobané et se sont rapprochés de la frontière de la Turquie, appelée par l'ONU à laisser les volontaires kurdes retourner en Syrie pour défendre leur ville.
 

Plus de trois semaines après avoir lancé leur offensive sur cette ville kurde stratégique du nord syrien, les jihadistes de l'Etat islamique (EI) en ont pris 40% depuis lundi après s'être frayé un chemin vers sa périphérie nord, à près d'un kilomètre de la frontière turque.

La progression du groupe radical n'a pu être freinée par les frappes de la coalition internationale, insuffisantes pour sauver la ville de l'aveu même des responsables militaires américains.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les jihadistes ont chassé vendredi de leur QG dans le nord de Kobané les combattants kurdes moins nombreux et moins bien armés.

"Ils ont pris le contrôle du 'carré de sécurité'", qui abrite le complexe militaire des Unités de protection du peuple (YPG, principale milice kurde syrienne), le siège du conseil local et la base des Assayech (forces de sécurité kurde), d'après l'ONG, qui a aussi fait état d'un attentat suicide à la voiture piégée de l'EI dans ce secteur.

Les jihadistes se rapprochent encore du poste-frontière avec la Turquie, qu'ils cherchent à prendre pour assiéger totalement la ville. Selon l'OSDH, ils progressent aussi par le sud et l'ouest de Kobané, connue également sous le nom arabe d'Aïn al-Arab.

Depuis le côté turc de la frontière, une journaliste de l'AFP a entendu des bruits d'armes automatiques et d'obus de mortier et vu d'épaisses fumées au-dessus de la ville.
   
 

'Combattants en pleurs'

Selon Mustafa Ebdi, un militant kurde interrogé par l'AFP qui effectue des allers-retours dans cette cité frontalière, les forces kurdes sont de plus en plus désespérées, voient leurs munitions diminuer et réclament plus de frappes contre le groupe extrémiste.

"Certains combattants m'appellent en pleurant en me disant 'nous ne défendons pas juste Kobané, nous luttons contre le terrorisme', a confié M. Ebdi. Les avions de la coalition, qui ont mené des raids vendredi matin, ont intensifié ces derniers jours leurs frappes sur les positions de l'EI dans et autour de la ville, sans parvenir à stopper son avancée.

Mustafa Ebdi a expliqué que les jihadistes avaient désormais recours à la ruse: "ils utilisent des voitures civiles et mettent des drapeaux kurdes sur leurs véhicules pour leurrer les avions".

D'après l'OSDH, les combattants de l'EI ne se déplacent plus en convoi et "transportent des munitions sur des motos". Depuis Genève, l'émissaire spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan De Mistura, a appelé la Turquie à "autoriser le flot de volontaires à entrer dans la ville pour soutenir son action d'autodéfense".

M. De Mistura, qui a dit craindre un "massacre" semblable à celui de Srebrenica dans l'ex-Yougoslavie, a indiqué qu'en prenant la ville, les jihadistes de l'EI contrôleraient près de 400 km des 900 km de frontière entre la Turquie et la Syrie. Ankara interdit pour l'instant aux réfugiés ayant traversé la frontière en venant de Syrie de la retraverser dans l'autre sens.
   
 

'Des armes, pas des soldats turcs'

Le chef du principal parti politique kurde de Syrie a lui pressé les autorités turques de laisser passer des armes pour sauver Kobané.
"Nous avons désespérément besoin de l'aide de la Turquie", a déclaré Salih Muslim, président du Parti de l'union démocratique (PYD) dans un entretien téléphonique à l'AFP, "ce serait très bien qu'elle ouvre le plus vite possible sa frontière au passage d'armes, pas de soldats turcs".

La Turquie est également l'objet de pressions de la part des Etats-Unis, qui lui demande de s'impliquer davantage dans la lutte contre l'EI. Une équipe militaire américaine se rendra à Ankara la semaine prochaine pour en discuter.

Malgré le feu vert du Parlement, le gouvernement turc rechigne à envoyer seul des troupes combattre les jihadistes. Cet attentisme a d'ailleurs suscité des violences lors de manifestations prokurdes qui ont fait plus de 30 morts depuis lundi en Turquie.

Ankara conditionne sa participation à la lutte anti-EI à la création d'une zone tampon -visant à protéger les secteurs tenus par la rébellion modérée contre le régime syrien et les populations fuyant la guerre-. Mais cette proposition n'est pas à l'ordre du jour selon Washington et l'Otan.

Profitant de la guerre civile qui ravage la Syrie depuis plus de trois ans, l'EI s'est emparé de larges pans de territoires dans le nord et l'est du pays.

Le groupe extrémiste, fort de dizaines de milliers d'hommes, contrôle en outre de grandes zones dans l'Irak voisin, où il est aussi la cible de raids aériens des Etats-Unis et d'alliés occidentaux. L'EI a exécuté dans le nord de l'Irak neuf personnes qu'il soupçonnait de liens avec des groupes sunnites anti-jihadistes.

 

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