La presse pakistanaise élogieuse après le Nobel de Malala

Malala Yousafzai.[PAUL ELLIS / AFP]

La presse pakistanaise rivalisait d'éloges samedi à l'égard de la jeune militante pour l'éducation Malala Yousafzaï, récipiendaire du prix Nobel de la Paix, dont le travail commence toutefois à peine pour tenter de convaincre familles et dirigeants du pays à instruire les millions d'enfants privés d'école.

 

"Héroïne nationale", "Fierté du Pakistan", "Courage hors du commun", "Fille de la nation": rarement les médias pakistanais n'ont été si unanimes sur l'adolescente de 17 ans, miraculée il y a deux ans d'une attaque des talibans dans sa vallée de Swat natale (nord-ouest), mais toujours au coeur de théories conspirationnistes.

Des islamistes, de simples citoyens et des enseignants l'accusent de jouer le jeu de l'Occident en donnant une mauvaise image du Pakistan et de la religion musulmane, une importante association d'écoles ayant même interdit la diffusion de sa biographie "Moi, Malala", dans ses établissements.

Mais dans un pays endeuillé au quotidien par des violences, miné par la pauvreté et des querelles politiques à n'en plus finir, l'attribution du Nobel de la Paix a néanmoins réjoui une grande partie de la population.

Et la presse locale ne s'est pas fait prier samedi pour lancer des fleurs à la plus jeune nobélisée de l'Histoire tout en appelant le pays à marcher dans ses pas plutôt que de lui couper l'herbe sous le pied.

"C'est un moment d'humilité et d'inspiration pour le pays. Même si plusieurs ne l'aiment pas, un fait demeure: Malala Yousafzaï est Pakistanaise et elle définit les millions de jeunes Pakistanais de sa génération", note le quotidien anglophone The Nation.

"Aux côtés des terroristes, des violeurs, des voleurs et des menteurs que notre Etat produit, il y a des héros travaillant en silence pour la paix, les réformes, l'éducation, l'aide sociale, les droits de l'Homme et la vérité. Malala est à la fois l'une de ces personnes et toutes ces personnes", souligne le quotidien, voulant ainsi rappeler que de la "violence et de la misère" pouvait aussi émerger "la magnificence".

Ce Nobel montre une certaine voie à suivre pour ce géant de 180 millions d'habitants affligé par l'analphabétisme dans les classes populaires et paupérisées, note le grand quotidien Dawn.

"Avec encore cinq millions d'enfants âgés entre cinq et neuf ans qui ne vont pas à l'école, il n'y a pas de meilleur endroit que le Pakistan pour faire avancer la cause de Malala", souligne le journal. Et c'est sans compter les millions d'autres enfants qui abandonnent, ou sont forcés d'abandonner l'école à partir de dix ans, et les désaccords importants à propos de ce qui doit être enseigné en classe.

Si Malala vit actuellement en Grande-Bretagne, son retour durable au Pakistan semble peu plausible à ce stade en raison des menaces qui pèsent contre elles, et elle devrait ainsi servir de modèle à distance.

"Notre tache est désormais de faire en sorte que le Pakistan devienne un pays où Malala puisse revenir un jour en toute sécurité, et poursuivre son travail sans crainte pour sa vie", note ainsi le quotidien The News.

La presse populaire en ourdou (langue nationale), généralement plus conservatrice que les quotidiens en anglais, a, elle aussi, célébré ce Nobel, dont l'honneur rejaillit sur tout le pays.

"Le prix Nobel de Malala montre que le Pakistan est un pays pacifique et que ses citoyens souhaitent la paix", note le quotidien conservateur Nawa-e-Waqt qualifiant Malala de "Fille de la nation". "S'il y a de la passion et de la sincérité, les efforts triompheront de l'adversité et des pires obstacles, tel est le message de ce Nobel", renchérit Jang, le journal le plus lu du pays.

 

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles