L'immigration, une nécessité, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani [REAU ALEXIS / SIPA]

Il y a deux semaines, François Hollande avait évoqué, lors de son intervention télévisée, le poids démographique respectif de l’Allemagne et de la France. La première perdra, dans les années qui viennent, quelque cinq millions de personnes, tandis que la France, à l’horizon 2030-2050, deviendra le pays le plus peuplé de l’Union européenne. Ce qui lui donnera un avantage comparatif. De tout temps, la démographie a été un élément central de la vie des nations.

 

 

Pour faire face à un déficit démographique annoncé, synonyme à terme de recul économique et social, la solution réside bien sûr dans l’immigration. Immigration intra-européenne, comme c’est déjà le cas en Allemagne avec de jeunes diplômés venus d’Espagne ou de Grèce ; immigration extracommunautaire – il existe en Allemagne une importante communauté turque –, qui est d’une tout autre difficulté.

 

Un marqueur entre droite et gauche

Cette question de l’immigration en Europe et hors Europe est devenue, au fil du temps, un élément clé du débat politique, un marqueur séparant la droite – qui joue principalement sur la peur de l’immigration – de la gauche, laquelle est censée prôner une vision plus libérale. Encore que…

Regardons vers les Etats-Unis, qui nous donnent une nouvelle illustration de la difficulté de cette question. Le parti démocrate, parti du président Obama, vient de subir l’une de ses défaites les plus importantes de l’histoire récente. Le parti républicain a, en effet, renforcé sa majorité à la Chambre des représentants, conquis celle du Sénat, et gagné des postes de gouverneurs jusque, et y compris, dans des fiefs démocrates comme le Massachusetts. Le parti républicain, tout au long de la campagne, a alimenté la peur de l’étranger en mêlant, de façon invraisemblable, l’épidémie d’Ebola en Afrique, l’avancée des jihadistes en Irak et l’immigration clandestine sur la frontière sud des Etats-Unis. Ce mélange a pourtant parfaitement fonctionné, même si les analystes considèrent que la défaite des démocrates est plus un vote sanction contre Obama qu’un vote d’adhésion à l’isolationnisme républicain.

Or le reproche du camp démocrate au président Obama est de ne pas avoir su imposer au Congrès une réforme de l’immigration, baptisée «Dream Act» et comportant notamment la légalisation d’un à quatre millions de travailleurs clandestins. Au lendemain de la défaite, Obama a déclaré qu’il était désormais décidé à agir, fût-ce par décret. Aussitôt, du côté des républicains devenus surpuissants, il s’est vu menacé d’une procédure d’«impeachment» s’il persistait dans sa volonté de contourner l’obstacle du Congrès.

Les arguments de ceux – notamment le New York Times – qui poussent le président à agir sont simples : les moyens de l’Etat doivent être consacrés à la lutte contre la criminalité et le terrorisme et non à la chasse aux clandestins, lorsque ces derniers apportent, par leur travail, leur énergie et leur dynamisme, beaucoup à l’économie américaine tout entière. Laquelle a toujours fonctionné en intégrant l’immigration, une vague après l’autre, et en considérant celle-ci comme un moteur du développement.

Même aux Etats-Unis, pays d’immigration par nature, le débat devient tranché, radicalisé, caricatural. C’est dire qu’il sera difficile à conduire en Europe, terre traditionnelle d’émigration qui n’est devenue que récemment terre d’immigration comme le montre l’exemple italien. Obsession sécuritaire d’un côté, apports dynamiques et facteurs de développement de l’autre… Quoi qu’il en soit, l’Europe, si elle veut éviter son propre déclin, sera obligée de se saisir de la question et d’être capable d’organiser raisonnablement la part d’immigration qui lui sera indispensable. 

Jean-Marie Colombani

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