L'armée tchadienne fait mouvement contre Boko Haram

Capture d'écran d'une vidéo diffusée par Boko Haram le 13 juillet 2014 montrant le chef de file du groupe islamiste armé nigérian, Abubakar Shekau. [Boko Haram/AFP]

L'armée tchadienne faisait mouvement vendredi vers le Cameroun voisin pour livrer bataille aux islamistes armés de Boko Haram, accusés par Washington et Paris de "crimes contre l'humanité" après une série d'attaques meurtrières au Nigeria.

 

Une colonne de plusieurs dizaines de blindés tchadiens a quitté vendredi N'Djamena en direction du sud pour rejoindre le Cameroun, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les blindés, arborant le drapeau tchadien, ont emprunté le pont qui enjambe le fleuve Chari pour prendre la route du sud vers Bongor, secteur dans lequel les soldats tchadiens pourraient traverser la frontière camerounaise et se diriger vers l'ouest, en direction de la frontière nigériane.

Quelques heures plus tôt, l'Assemblée nationale tchadienne avait autorisé l'envoi de soldats tchadiens, "en appui aux forces camerounaises et nigérianes engagées dans la guerre contre les terroristes au Cameroun et au Nigeria".

Dans un message lu à l'Assemblée par son président Haroun Bakadi, le président tchadien Idriss Deby Itno a insisté vouloir "reconquérir Baga, base principale de la force multinationale. La libération de cette localité qui constitue l'épicentre de nos échanges économiques est indispensable à la relance du trafic et à la circulation des biens et des personnes en toute sécurité".

Début janvier, les islamistes armés ont pris cette localité nigériane, situé sur les rives du lac Tchad.
   

1,5 million de déplacés

Selon Amnesty International, cette attaque est "la plus grande et la plus destructrice" jamais perpétrée par le groupe armé depuis le début de son insurrection en 2009, qui depuis a fait plus de 13.000 morts et 1,5 million de déplacés.

Après le secrétaire d'Etat américain John Kerry jeudi, le président français François Hollande a également utilisé le terme de "crime contre l'humanité" pour qualifier les agissements de Boko Haram, déclarant que "ce ne sont plus simplement des femmes qui sont enlevées, c'est déjà suffisamment atroce, ce sont des enfants qui sont massacrés, ce sont des villages, des villes entières qui sont rasées".

"Nous devons soutenir les pays concernés par ces fléaux : le Nigeria (mais aussi), le Cameroun, le Niger, le Tchad, qui sont menacés", a-t-il enchaîné estimant que "cette situation exige de la communauté internationale (qu'elle prenne) les mesures appropriées".

Des témoignages édifiants continuent d'affluer. Selon des récits concordants, Boko Haram a enlevé des "centaines de femmes" et un grand nombre d'entre elles pourrait toujours se trouver en captivité.

"Boko Haram a enlevé au moins 300 femmes et nous a détenues dans une école de Baga", avait déclaré une femme citée par Amnesty dans un communiqué paru jeudi, sous couvert d'anonymat.

"Ils ont libéré les femmes âgées et les mères et la plupart des enfants au bout de quatre jours, mais ils détiennent toujours les jeunes filles", avait-elle ajouté.

Mala Kyari Shuwaram, un chef local de Baga, qui a fui à Dubuwa, sur la rive tchadienne du lac Tchad où ont afflué 7.500 réfugiés selon l'OCHA, assure que Boko Haram s'est installé dans la localité.

"Ils ont occupé les belles maisons et la plupart des autres maisons ont été détruites", affirme-t-il en se basant sur le témoignage d'habitants "qui ont pris le risque de retourner à Baga pour récupérer leurs bateaux de pêche".
   

Contenir la menace

Abubakar Gamandi, du syndicat des pêcheurs de l'Etat du Borno et originaire de Baga, estime que le nombre de combattants islamistes a toutefois "baissé" : "beaucoup d'entre eux ont regagné leurs bases. (Boko Haram) avait mobilisé ses hommes partout dans le nord du Borno pour l'attaque sur Baga. C'est pour cela qu'ils ont submergé la ville".

Le groupe islamiste a proclamé un califat dans le nord-est du Nigeria et multiplie les attaques contre le Cameroun voisin. Lundi encore, il a lancé un raid sur une base de l'armée camerounaise à Kolofata. Yaoundé a fait état d'un bilan de 143 "terroristes tués" pour un seul décès côté camerounais. Aucun bilan indépendant n'est toutefois disponible.
 
Cette attaque ainsi que l'activité incessante du groupe dans la zone a conduit le Cameroun à faire appel à son voisin pour contenir la menace.

Le Tchad, qui considère désormais que Boko Haram menace ses "intérêts vitaux", dispose d'une armée puissante ayant notamment fait ses preuves au Mali début 2013 dans la lutte contre les groupes jihadistes, aux côtés de l'armée française qui depuis a installé l'Etat-major de son opération de lutte contre ces groupes au Sahel, baptisée Barkhane, à N'Djamena.

 

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