Quel chemin pour les Grecs ?, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani[REAU ALEXIS / SIPA]

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

 

 

Compromis ou rupture ? Telle est la question posée à l’Union européenne par l’arrivée au pouvoir d’Alexis Tsipras et de Syriza, son parti, classé généralement à l’extrême gauche, aux commandes de la Grèce. Question en partie inattendue. Syriza avait maintes fois proclamé son attachement à la zone euro et le compromis est l’essence même de la construction européenne. Mais question due à une inattention portée au contenu de la campagne électorale.

Côté compromis : les premières déclarations de certains des nouveaux ministres grecs, notamment celui des Affaires étrangères venu à Bruxelles. Côté rupture : les premières paroles pro-russes d’un gou­vernement menaçant, d’entrée de jeu, de paralyser l’action extérieure de l’Union européenne, qui envisage de renforcer les sanctions contre Moscou.

Le fait que cette question puisse être posée provient du choix de son allié par Alexis Tsipras. Le nouveau Premier ministre avait besoin de l’appoint d’un petit parti pour s’assurer d’une majorité absolue des voix à la Chambre des députés. Plutôt que de se tourner vers un petit parti de gauche, issu d’une scission du Parti socialiste résolument européen, Alexis Tsipras a fait alliance avec le parti des Grecs indépendants, une petite formation d’extrême droite, qui s’est singularisée par ses prises de position xénophobes, ­antisémites et souverainistes. Cette formation est en outre proche de l’Eglise orthodoxe et des armateurs. Syriza est elle-même une formation hétéroclite, nourrie par différents courants de la gauche et de l’extrême gauche, dont beaucoup de cadres sont d’anciens communistes, avec un gros tiers de militants hostiles à l’Union européenne. Que celles et ceux qui, ailleurs en Europe, ont cru voir dans la victoire de Syriza l’annonce d’un printemps pour les gauches radicales sachent désormais que gouverne à Athè­nes une coalition «rouge-brun».

La première traduction de cette alliance a été de prendre le contre-pied de la diplomatie européenne, désireuse d’allonger sa liste de personnalités russes et ukrainiennes sanctionnées, au moment même où de nouvelles offensives pro-russes dans l’est de l’Ukraine ont convaincu tous les autres Européens de la duplicité russe. Il va de soi que si une telle orientation diplomatique devait perdurer – les leaders de Syriza ont approuvé l’annexion de la Crimée au nom de la défense de l’orthodoxie – on voit mal ce qui justifierait que le contribuable européen continue de payer pour sauver la Grèce. D’autant que les nouveaux dirigeants grecs n’ont pas été avares de critiques à l’endroit de l’Allemagne, accusée de tous les maux. Or, qu’on le veuille ou non, l’Allemagne a pris sa part du sau­vetage de la Grèce. Et c’est se méprendre que de considérer que l’on puisse ainsi vilipender l’Allemagne d’aujourd’hui avec les qualificatifs que l’on employait hier contre les nazis.

Pourtant, la raison devrait ramener la Grèce à la table des négociations, puisqu’elle veut alléger le poids de sa dette et qu’elle a besoin, pour ce faire, de l’appui de tous les autres membres de la zone euro. Martin Schulz, le président du Parlement ­européen, homme de compromis s’il en est, a cru déceler des signaux positifs. Pendant ce temps, des retraits massifs ont commencé d’être enregistrés aux guichets des banques grecques. Passées les rodomontades, gageons qu’Alexis Tsipras saura trouver les chemins nécessaires du compromis dont la Grèce a, plus que l’Europe, besoin.

Jean-Marie Colombani

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