Méditerranée : au moins 300 migrants disparus

200 migrants ont disparu lors d'un naufrage au large de la Libye. [CC/AFP Archives]

Plus de 300 migrants ont disparu en mer dans le naufrage de deux bateaux au large de la Libye, selon le récit de neuf survivants secourus par les garde-côtes italiens, ont rapporté mercredi plusieurs organisations internationales.

 

"Ils sont neuf, sains et saufs après quatre jours en mer. Les 203 autres ont été engloutis par les flots", a annoncé sur Twitter Carlotta Sami, porte-parole en Italie du Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), évoquant une "tragédie énorme et horrible".

Les neuf survivants, qui parlent français et sont probablement originaires d'Afrique de l'Ouest, sont arrivés mercredi matin sur l'île italienne de Lampedusa.

 

Partis de Libye

Selon les premiers éléments recueillis par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), ils sont partis samedi d'une plage libyenne, à bord de deux bateaux pneumatiques, chargés chacun de plus de cent personnes, qui ont chaviré, probablement lundi.

Les passagers du premier bateau, secourus dimanche par les gardes-côtes italiens, sont arrivés lundi à Lampedusa, mais 29 étaient morts de froid.Et mercredi matin, les gardes-côtes ont déposé à Lampedusa neuf nouveaux survivants recueillis, probablement lundi, par un navire commercial. Deux d'entre eux se trouvaient sur le deuxième bateau et sept sur le troisième.

Selon leur récit, l'un a chaviré et l'autre s'est dégonflé et a coulé, et leurs 203 compagnons de voyage se sont noyés.

 

Sans nouvelles du quatrième bateau

Et en l'absence de la moindre nouvelle du quatrième bateau, l'OIM et le HCR considèrent que ses passagers aussi sont portés disparus, compte tenu de la tempête qu'ils ont subie.

"Ils étaient environ 420 au départ, on peut donc estimer le total des victimes à quelques 330", a déclaré à l'AFP Flavio di Giacomo, porte-parole de l'OIM en Italie.

 

Sauver les vies doit devenir la "première priorité" de l'Europe

"C'est une tragédie d'une ampleur énorme, qui nous rappelle de manière cruelle que d'autres vies sont en danger si on laisse ceux qui cherchent la sécurité à la merci de la mer. Sauver ces vies devrait être notre première priorité. L'Europe ne peut pas se permettre d'agir trop peu, trop tard", a lancé Vincent Cochetel, directeur du HCR pour l'Europe.

Les deux organisations ont vivement dénoncé l'absence de scrupules de trafiquants ayant obligé les migrants à partir en dépit du mauvais temps qui sévissait déjà samedi et a tourné dimanche à la tempête, avec des vagues de huit mètres et des vents de 120 km/h.

"Ils les ont contraints à embarquer, sous la menace de pistolets et de bâtons, après les avoir dépouillés de tous leurs papiers et leur argent", a expliqué M. Di Giacomo, s'emportant contre ces trafiquants qui traitent les migrants "comme des marchandises, surtout ceux d'Afrique noire".

   

Un début d'année dramatique

Après une année 2014 marquée par plus de 3.200 décès en Méditerranée, cette nouvelle tragédie confirme selon l'OIM un début d'année dramatique puisque 86 migrants étaient déjà morts ou portés disparus au large de la Libye, de l'Italie, de Malte, de l'Espagne et de la Turquie depuis janvier.

Et les organisations spécialisées s'attendent à des départs massifs dans les prochains mois, puisque les autorités italiennes ont déjà enregistré 3.528 arrivées en janvier, près de 40% de plus qu'en janvier 2014, une année pourtant record avec un total de plus de 170.000 arrivées.

Or, faute de soutien européen, l'Italie a mis fin à la vaste opération de secours baptisée Mare Nostrum, engagée en octobre 2013 après une série de drames, qui a cédé la place à une opération nettement moins ambitieuse de contrôle des frontières baptisée Triton, sous l'égide de l'agence européenne Frontex.

 

Profonde douleur

Mardi soir, le ministre italien de l'Intérieur, Angelino Alfano, a exprimé sa "profonde douleur" pour les 29 migrants morts de froid et exprimé sa colère contre leurs passeurs "criminels, assassins".

Même si certains de ces migrants auraient pu être sauvés s'ils avaient été secourus par l'un des navires militaires mieux équipés qui patrouillaient dans le cadre de Mare Nostrum, M. Alfano a rappelé que même pendant l'opération, il y avait eu des centaines de morts.

"Maintenant, l'Europe doit faire un pas de plus", a ajouté M. Alfano, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Paulo Gentiloni, expliquait à New York que Triton était "un début, mais pas suffisant".

 

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