Syrie : les Etats-Unis prêts à discuter avec Moscou

Photo fournie par l'agence officielle syrienne Sana de la rencontre entre l'envoyé spécial de l'ONU Staffan de Mistura (g) et le ministre des Affaires étrangères syrien Walid Muallem à Damas [HO / SANA/AFP] Photo fournie par l'agence officielle syrienne Sana de la rencontre entre l'envoyé spécial de l'ONU Staffan de Mistura (g) et le ministre des Affaires étrangères syrien Walid Muallem à Damas [HO / SANA/AFP]

L'émissaire de l'ONU pour la Syrie s'est entretenu jeudi à Damas avec le régime et l'opposition de l'intérieur sur une initiative de paix tandis que Washington s'est dit "ouvert" à des discussions avec Moscou.

 

Tout en s'alarmant d'une montée en puissance militaire de la Russie en Syrie où Moscou soutient le président Bachar Al-Assad, la Maison Blanche a indiqué être ouverte "à des discussions tactiques et pratiques avec les Russes" pour renforcer la coalition internationale contre les jihadistes ultra-radicaux de l'Etat islamique (EI). A Damas, le diplomate de l'ONU Steffan de Mistura est venu pousser une initiative de paix alors que l'Occident, submergé par l'arrivée des migrants, veut une solution politique au conflit quitte à trouver un compromis avec le président Al-Assad, dont il exigeait le départ.

M. de Mistura n'a fait aucun commentaire après une rencontre avec le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem mais ce dernier a insisté sur le fait que "la lutte contre le terrorisme" était "la priorité et le prélude à une solution politique", selon l'agence officielle Sana. Bachar al-Assad et son allié russe Vladimir Poutine martèlent ce message en le liant à la crise des réfugiés, provoquée selon eux par l'avancée de l'EI en Syrie et Irak.

"Avec la crise des migrants, nous entendons des voix européennes plaider en faveur d'une coopération avec Assad et Poutine. L'idée d'une stabilité à tous prix gagne du terrain", constate Karim Bitar, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégique (Iris) à Paris. M. Mouallem a précisé à son interlocuteur que Damas attendait plus de précisions sur son initiative de créer quatre comités thématiques avant de "prendre les décisions opportunes".

Un Syrien transporte ses deux petites filles au milieu des ruines après une attaque au baril de dynamite dans un quartier d'Alep tenu par les rebelles le 17 septembre 2015 [KARAM AL-MASRI / AFP]
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Un Syrien transporte ses deux petites filles au milieu des ruines après une attaque au baril de dynamite dans un quartier d'Alep tenu par les rebelles le 17 septembre 2015
 

M. de Mistura avait assuré le ministre qu'il "s'agissait de quatre comités de réflexion et dont les résultats ne sont pas contraignants", a précisé à l'AFP sa porte-parole Jessy Chahine. Il s'agit d'un point essentiel pour les autorités syriennes, qui ne veulent pas avoir les mains liées. L'émissaire de l'ONU avait proposé fin juillet une nouvelle approche sur la base de "discussions thématiques" entre Syriens. A la mi-août, son adjoint Ramzi Ezzedine Ramzi avait soumis à Damas un document de 60 pages présenté comme un "recueil d'idées" récoltées auprès d'interlocuteurs de l'opposition, du régime et de la société civile.

 

L'EI fustige les migrants

En réalité, pour le quotidien al-Watan, proche du pouvoir syrien, des divergences persistent entre Damas et Moscou d'une part, l'ONU de l'autre pour résoudre la crise.

Pour les premiers, "il n’y a pas de solution politique sans vaincre le terrorisme", un terme qui désigne tous les opposants à Assad. Or, selon le journal, "le plan de l’émissaire onusien est aligné sur les positions de la Coalition de l'opposition syrienne, des Etats-Unis, de la Turquie et de l'Arabie saoudite qui veulent que la solution politique précède la lutte contre le terrorisme". M. de Mistura a également obtenu l'accord de l'opposant de l'intérieur Hassan Abdel Azim pour que son groupe participe à ces comités. "Le terrorisme est un phénomène que nous rejetons tous et le combattre demande avant tout un arrêt du conflit entre le pouvoir et l'opposition", a déclaré M. Abdel Azim. La venue de M. de Mistura intervient au moment où se dessine une nouvelle phase dans cette guerre qui a fait 240.000 morts depuis 2011.

Jusque là discrète, la Russie affiche de plus en plus ouvertement sa présence militaire en Syrie aux cotés du régime face à la coalition internationale conduite par les États-Unis pour lutter contre l'EI. La Russie pousse ses pions alors qu'en Occident, "ceux qui pensent qu'Assad est un moindre mal se font de plus en plus entendre et se déclarent ouvertement en faveur d'un rapprochement avec lui pour combattre l'EI", note M. Bitar.

Sur le terrain la guerre ne connait pas de répit. A Alep (nord), 53 personnes dont 13 enfants et 2 femmes ont été tuées en 24 heures dans des frappes de l'aviation syrienne, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Le commissaire européen aux Affaires humanitaires Christos Stylianides a vivement condamné ces attaques contre des civils.En outre, dans le fief de l'EI à Raqa (nord), 18 civils et jihadistes ont péri lors de raids du régime. L'EI est elle sortie de son silence sur la crise des migrants en diffusant jeudi plusieurs vidéos sur le sujet où elle critique les réfugiés tentant de gagner l'Europe.

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