Shoah : Netanyahu se défend d'avoir voulu exonérer Hitler

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devait se défendre ce mercredi d'avoir voulu exonérer Hitler de sa responsabilité dans la Shoah en déclarant que c'était le mufti de Jérusalem de l'époque qui avait donné au dictateur l'idée d'exterminer les juifs d'Europe.[MENAHEM KAHANA / AFP]

Berlin a réaffirmé mercredi la responsabilité "inhérente" de l'Allemagne dans la Shoah après les propos du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu affirmant que c'est le mufti de Jérusalem de l'époque qui avait donné l'idée à Hitler d'exterminer les juifs d'Europe. Des déclarations qui ont obligé le Premier ministre israélien à se défendre face à l'opposition israélienne et le président palestinien.

"Je peux dire au nom du gouvernement que, nous Allemands, connaissons très exactement l'Histoire de l'avènement de la folie raciste meurtrière des nationaux-socialistes qui a conduit à la rupture civilisationnelle de la Shoah", a souligné lors d'une conférence de presse Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière Angela Merkel.

"Je ne vois aucune raison de changer de quelque manière que ce soit notre vision de l'Histoire. Nous savons que la responsabilité allemande pour ce crime contre l'humanité est inhérente", a-t-il ajouté tout en refusant de commenter directement les propos de M. Netanyahu. Ce dernier doit rencontrer Mme Merkel à Berlin dans le cadre d'une visite officielle.

Netanyahu obligé de se défendre

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devait se défendre ce mercredi d'avoir voulu exonérer Hitler de sa responsabilité dans la Shoah en déclarant que c'était le mufti de Jérusalem de l'époque qui avait donné au dictateur l'idée d'exterminer les juifs d'Europe.

M. Netanyahu s'est retrouvé accusé par l'opposition israélienne et le président palestinien Mahmoud Abbas de déformer l'histoire après un discours prononcé mardi devant le Congrès sioniste à Jérusalem où il a fait référence à une rencontre en novembre 1941 en Allemagne entre Adolf Hitler et le grand mufti de Jérusalem Haj Amin al-Husseini, haut dirigeant musulman dans la Palestine alors sous mandat britannique.

"Hitler, à ce moment là, ne voulait pas exterminer les juifs mais les expulser. Alors Haj Amin al-Husseini est allé voir Hitler et a dit: 'Si vous les expulsez, ils viendront tous ici'", en Palestine, a dit M. Netanyahu. "'Et qu'est-ce que je vais en faire?' a demandé (Hitler). Il (le mufti) a dit: 'Brûlez-les'", a déclaré le Premier ministre israélien.

M. Netanyahu évoquait ce personnage pour réfuter selon lui les accusations historiquement mensongères selon lesquelles les juifs ou Israël chercheraient à détruire ou s'accaparer l'esplanade des Mosquées et la mosquée Al-Aqsa qui s'y trouve, à Jérusalem. Cette question est centrale dans l'enchaînement actuel des violences entre Palestiniens et Israéliens.

"Déformation dangereuse"

Ses propos suscitaient de vigoureuses réactions mercredi, poussant le Premier ministre à se justifier. "Mon objectif n'était pas d'absoudre Hitler de sa responsabilité, mais de montrer qu'à cette époque-là, le père de la nation palestinienne (...) menait une campagne d'incitation systématique à l'extermination des juifs", a-t-il déclaré, cité dans un communiqué de ses services.

"Malheureusement, (le mufti) Haj Amin al-Husseini est encore une figure respectée dans la société palestinienne, il apparaît dans les manuels scolaires (....) et l'incitation à la violence et à l'assassinat des juifs qui a commencé alors avec lui se poursuit (...) C'est la racine du problème", a-t-il ajouté.

"Même le fils d'un historien doit être précis lorsqu'il s'agit d'histoire", a écrit sur sa page Facebook le chef de l'opposition travailliste Isaac Herzog, faisant allusion au père de M. Netanyahu, Benzion Netanyahu, spécialiste de l'histoire juive, décédé en 2012.

M. Herzog a qualifié les propos de M. Netanyahu de "déformation historique dangereuse (...) minimisant la Shoah, les nazis, et la part qu'Adolf Hitler a prise dans la terrible tragédie qu'a subie notre peuple pendant la Shoah". Il lui a demandé de corriger "immédiatement" ses paroles.

"Historiquement inexacts"

Le président palestinien Mahmoud Abbas n'a pas manqué de s'emparer de l'affaire. "Le monde entier voit comment l'histoire est distordue et utilisée contre nous", a-t-il dit, les Israéliens utilisent "leur histoire, les actes criminels qui leur ont été infligés" pour "accuser Haj Amin al-Husseini au lieu d'Hitler".

Le négociateur palestinien Saëb Erakat a déploré que le "chef du gouvernement israélien haïsse son voisin (palestinien) au point d'être prêt à absoudre le premier criminel de guerre de l'histoire, Adolf Hitler, du meurtre de six millions de juifs pendant l'Holocauste".

L'historienne en chef du mémorial Yad Vashem pour la mémoire de la Shoah, à Jérusalem, a estimé que les propos de M. Netanyahu n'étaient pas "historiquement exacts". "Ce n'est pas le mufti, même s'il avait des positions antijuives très extrêmes, qui a donné à Hitler l'idée d'exterminer les juifs", a déclaré Dina Porat à l'AFP.

"Cette idée est bien antérieure à leur rencontre de novembre 1941. Dans un discours au Reichstag le 30 janvier 1939, Hitler évoque déjà 'une extermination de la race juive'", a-t-elle dit. Husseini, réfugié en Allemagne en 1941, avait demandé à Hitler son soutien pour l'indépendance de la Palestine et des pays arabes, et empêcher la création d'un foyer juif. L'Etat d'Israël a été proclamé en 1948.

 

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