Syrie : les 40 000 habitants de la ville assiégée de Madaya meurent de faim

Un observateur de l'ONU parle à un habitant de la ville de Madaya, en Syrie, le 6 mai 2012. Un observateur de l'ONU parle à un habitant de la ville de Madaya, en Syrie, le 6 mai 2012. [LOUAI BESHARA / AFP]

Quelque 40 000 personnes, essentiellement des civils, souffrent de la faim à Madaya, ville syrienne encore assiégée par l'armée de Bachar al-Assad malgré la trêve conclue il y a plus de trois mois.

"Nous avons oublié le goût du pain", ont confié certains habitants de cette localité située à moins de 30 kilomètres au nord-ouest de Damas, en Syrie. Une grande partie sont des déplacés du bastion rebelle de Zabadani, également assiégé par les forces gouvernementales. "Je n'ai pris que de l'eau depuis deux jours", a témoigné Momina, une femme de 32 ans contactée par téléphone. "Nous voulons juste qu'on nous dise si l'aide va arriver ou pas, car nous n'avons rien ici".

La vie devait pourtant s'améliorer à Madaya, car un accord avait été conclu en septembre 2015 pour permettre l'entrée de l'aide et l'évacuation des civils et des blessés. Mais la ville n'a reçu qu'une seule fois de l'aide en trois mois. Et la situation y est devenue terrible.

De l'herbe en guise de nourriture

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), au moins 10 personnes sont mortes à cause du manque de médicaments et de nourriture. Treize autres ont été tuées par l'explosion des mines posées par les forces du régime ou par des franc-tireurs en tentant de quitter la ville pour trouver de la nourriture, précise cette ONG proche de l'opposition.

"De nombreux habitants se nourrissent d'herbe pour survivre ou doivent verser des sommes importantes aux points de contrôle gouvernementaux pour obtenir de la nourriture", relève Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH. "Un habitant a même dû mettre sa voiture en vente pour le prix de 10 kg de riz. Il n'a pas pu la vendre, et un membre de sa famille est mort à cause de la pénurie de nourriture".

Une situation "insoutenable" pour Paris

"En fait, il manque de tout" à Madaya, résume Pawel Krzysiek, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui y est entré lors de la dernière livraison d'aide en octobre. "Les gens sont depuis trop longtemps sans aliments de base, sans médicaments de base, sans électricité ni eau (...) J'ai réellement vu la faim dans les yeux des gens". "Ils nous suppliaient pour avoir du lait pour bébé" lorsque le convoi d'aide est arrivé, ajoute-t-il. "Ils disaient que les mères ne produisent plus de lait (...) Il n'y a pas moyen de nourrir les nouveaux-nés et les jeunes bébés".

Face à la gravité de la situation, Paris a réagi. Par la voie du ministère des Affaires étrangères, la France a condamné mercredi le siège imposé par le régime syrien à la ville. "Cette situation est insoutenable", a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay, Romain Nadal. "La France appelle à la levée immédiate de ce siège et à l'accès d'urgence de l'aide humanitaire à Madaya et à toutes les zones assiégées en Syrie."

 

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