Crise des migrants : un sommet UE-Turquie en mars

Des migrants marchent en direction de l'Autriche, près du village de Nickelsdorf à la frontière austro-hongroise, le 5 septembre 2015 [JOE KLAMAR / AFP/Archives] Plus de 84 000 personnes sont arrivées par la mer sur le sol de l'UE depuis le 1er janvier. [JOE KLAMAR / AFP/Archives]

Les dirigeants européens ont l'intention de convoquer un nouveau sommet extraordinaire avec la Turquie, début mars, dans le but d'améliorer la coopération entre l'UE et Ankara afin de résorber les flux migratoires, à l'issue de débats marathon à Bruxelles.

Les 28 chefs d'Etat et de gouvernement, réunis pour un sommet consacré d'abord aux négociations sur le maintien du Royaume-Uni dans l'UE, ont réaffirmé "à l'unanimité" que "la démarche doit être européenne", et non unilatérale, face à la crise migratoire la plus grave depuis 1945.

Plus particulièrement visée : l'Autriche qui a décidé d'imposer des quotas quotidiens à l'entrée sur son territoire de demandeurs d'asile et de migrants en transit. Il y a "ceux qui continuent à espérer qu'on peut trouver une solution ensemble et ceux qui y croient de moins en moins et donc qui prennent des initiatives tout seuls", a résumé un responsable européen.

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Force est de constater que "les flux de migrants arrivant en Grèce depuis la Turquie restent bien trop élevés", soulignent les 28 dans les conclusions du sommet. Plus de 84 000 personnes sont arrivées par la mer sur le sol de l'UE depuis le 1er janvier, selon l'OIM (Organisation internationale pour les migrations).

"Avant cette réunion il y avait ceux qui doutaient de la nécessité de résoudre le problème de la crise des réfugiés ensemble avec la Turquie (...). Nous avons confirmé qu'il n'y a pas d'alternative à une bonne, intelligente et sage coopération avec la Turquie", a insisté le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à la sortie de la réunion.

L'enjeu est l'application du "plan d'action" conclu en octobre dernier entre la Turquie et l'UE, avec pour objectif d'endiguer les flux de migrants depuis la Turquie vers la Grèce, que ce soit en améliorant la surveillance des frontières ou la gestion sur place des réfugiés.

Les tombes de migrants et de réfugiés morts en ayant tenté de traverser la mer Egée, à Mytilène sur l'île de Lesbos, le 17 février 2016, en Grèce [ARIS MESSINIS / AFP]
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Les tombes de migrants et de réfugiés morts en ayant tenté de traverser la mer Egée, à Mytilène sur l'île de Lesbos, le 17 février 2016, en Grèce

 

"Des efforts supplémentaires, résolus de la part aussi de la Turquie" sont nécessaires, selon les 28.

"On a les accords avec la Turquie pour contrôler les passeurs et l'Otan qui pourrait, si tout va bien, naviguer (en mer Egée) dès la semaine prochaine", a énuméré de son côté le Premier ministre néerlandais Marc Rutte. "Quand on fait l'addition de tous ces filtres (...) cela doit mener à un contrôle des flux pour que, quand le printemps arrive, on n'ait pas les chiffres (d'arrivées) qu'on avait l'an dernier", a ajouté Marc Rutte.

Premier concerné, le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a annulé sa visite prévue à Bruxelles en marge du sommet des 28 avec un groupe de onze pays de l'UE, après un attentat à Ankara, les privant d'une "réunion franche" selon le mot d'une source européenne.

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"La difficulté des jours qui viennent est de savoir si la coopération avec la Turquie permettra de parvenir à des résultats suffisants pour éviter un plan B, à savoir une fragmentation supplémentaire de l'espace Schengen par l'établissement de contrôles aux frontières intérieures par l'initiative non coordonnée de quelques Etats membres", a observé une source diplomatique française.

La décision unilatérale de Vienne a "surpris" certains pays, en particulier ceux situés sur la route migratoire des Balkans, selon la chancelière allemande Angela Merkel.  La décision autrichienne souligne l'urgence de réussir", a plaidé Angela Merkel.

L'Autriche a confirmé à Bruxelles son intention de mettre en place dès vendredi les quotas journaliers, soit 80 demandeurs d'asile par jour et 3 200 personnes en transit. La Commission a vivement critiqué la décision, qualifiée de "clairement incompatible" avec le droit européen et international par le commissaire chargé de la Migration Dimitris Avramopoulos, dans un courrier adressé à la ministre autrichienne de l'Intérieur.

De leur côté, les pays d'Europe centrale ont menacé de renforcer la protection de leurs frontières si le flot ne tarissait pas d'ici la mi-mars, ce qui constituerait un "manquement à ses promesses" de la Turquie, selon un ministre tchèque.

Face aux difficultés qui ne se résorbent pas, un "débat exhaustif" est attendu lors du prochain sommet de mars, selon les conclusions, au cours duquel "des orientations supplémentaires devront être décidées et des choix faits".

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