Tout savoir sur Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU et grand organisateur du sommet climat

«Je voudrais voir toute la société accroître la pression sur les gouvernements pour qu'ils comprennent qu'ils doivent aller plus vite, car nous sommes en train de perdre la course», a déclaré Antonio Guterres dans une interview à Covering Climate Now. [JOHN THYS / AFP]

«Je ne prétends pas régenter le monde», mais «mon objectif principal est de faire le plus de bruit possible» contre les dérives climatiques. En place depuis janvier 2017, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, convie ce lundi un sommet sur le climat pour obtenir des Etats qu'ils révisent leurs plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Son nouveau cheval de bataille après un long parcours politique.

Jonglant avec aisance entre portugais, français, anglais et espagnol, Antonio Guterres, ingénieur de formation, est un socialiste modéré portugais. Né à Lisbonne le 30 avril 1949, il entame son parcours politique au sein des mouvements catholiques avant d'entrer au Parti socialiste portugais (PS), pour lequel il milite au lendemain de la Révolution des oeillets de 1974.

Elu député de la première législature en 1976, Antonio Guterres a longtemps siégé au Parlement, gagnant dans les joutes oratoires une réputation de tribun au verbe facile qui lui a valu le sobriquet de «marteau-piqueur parlant». En 1992, il devient secrétaire général du Parti socialiste, alors dans l'opposition. Sous sa direction, les socialistes remportent les législatives d'octobre 1995, une victoire qui le propulse au poste de Premier ministre.

stratège politique et europhile convaincu

Le Portugal connaît alors une période d'expansion accélérée et de quasi-plein emploi, qui permet à Antonio Guterres de créer le «revenu minimum garanti» et de faire passer dans l'opinion l'image d'un homme ouvert au dialogue. Cet Européen convaincu se fixe pour objectif prioritaire l'entrée dans l'euro, pari qu'il remporte avec succès.

Reconduit après les législatives de 1999, Antonio Guterres restera dans l'histoire comme le premier chef d'un gouvernement minoritaire à mener son mandat à terme depuis l'avènement de la démocratie au Portugal. Ses détracteurs, notamment au sein du PS, lui reprochent cependant d'avoir contribué à la victoire du «non» lors du référendum de 1998 sur la dépénalisation de l'avortement, car ce fervent catholique n'a jamais caché ses réticences à ce sujet.

Au premier semestre 2000, sa présidence tournante de l'Union européenne est considérée comme une réussite. Pourtant, au Portugal, sa popularité faiblit. La conjoncture économique se détériore et Antonio Guterres apparaît incapable de donner un nouveau souffle à son second gouvernement. Fin 2001, les socialistes perdent les élections municipales et leur secrétaire général démissionne du poste de Premier ministre sur le champ, à mi-parcours de son mandat.

après les réfugiés, priorité climat

De 2005 à 2015, il prend la tête du Haut commissaire de l'ONU aux réfugiés, où il fut mis à l'épreuve par la plus grave crise de réfugiés depuis des décennies du fait de la guerre civile en Syrie. Il n'a cessé d'alerter la communauté internationale pour plus de solidarité envers les millions de migrants et demandeurs d'asile.

Antonio Guterres devient finalement secrétaire général de l'ONU le 1er janvier 2017, succédant à Ban Ki-moon. Depuis, il a fait du climat son nouveau cheval de bataille, rappelant régulièrement aux Etats leur obligation de respecter l'accord de Paris de 2015 pour maintenir le réchauffement de la planète sous la barre des 2 °C d'ici à 2100 – une projection au très bas mot, rappelons-le. Si ce n'était pas déjà fait, ces derniers mois – cyclones aux Bahamas, feux en Amazonie, canicule en Europe, grève scolaire des jeunes... – ont d'ailleurs remis l'urgence écologique au cœur de l'actualité et des débats. La présence de l'icône suédoise Greta Thunberg au sommet de l'ONU, lundi, n'est donc pas une surprise.

Problème : Antonio Guterres tire la sonnette d'alarme mais n'a pas les moyens contraignants d'arrêter le train, car sa fonction est surtout honorifique, sans réel pouvoir de décision. «Ce sont les limites de la diplomatie onusienne. Tant qu’il y aura des États réfractaires à tout type d’engagement de cette nature-là, il peut faire tous les discours qu’il veut, il n’a pas le pouvoir de faire bouger les récalcitrants», explique Bastien Alex, chercheur à l’Iris et codirecteur de l’observatoire défense et climat, cité par La Croix. Antonio Guterres résume: «Nous avons besoin de davantage de volonté politique.» Et économique ?

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