Quelles sont les villes menacées d’être englouties à cause du changement climatique ?

Vue aérienne des zones inondées de la ville Beocin (Serbie), 10 avril 2006.[STR / AFP]

Quelque 275 millions de citadins à travers le monde verront leurs villes englouties par la montée du niveau des océans si, comme le craignent les Nations Unies, la température à la surface du globe grimpe de 3,7 degrés avant 2100.

La fonte des glaciers pourrait en effet provoquer l'élévation de un mètre du niveau des océans à l'horizon 2100 si les émissions de gaz à effet de serre n'étaient pas réduites de manière drastique.

Les villes asiatiques en première ligne  

Les villes les plus menacées en Asie sont les mégalopoles côtières asiatiques et les pôles industriels tels que Shanghai, Shenzhen, Bangkok, Tokyo et Osaka. Chittagong et Dacca au Bangladesh et Hô Chi Minh-Ville au Viêtnam sont également menacées. 

Les côtes très peuplées du continent asiatique sont très densément peuplées, avec des millions de personnes exposées aux inondations. Et ces risques vont croissant : au Bangladesh, en Inde, aux Philippines et au Vietnam notamment, il est attendu que le nombre d'habitants des zones côtières soit multiplié par deux à l’horizon 2060.

L’Asie abrite ainsi treize des vingt villes mondiales dont les pertes économiques dues aux inondations devraient augmenter le plus fortement entre aujourd’hui et 2050. Pourtant, les risques liés à l’augmentation du niveau des mers pour les centres urbains côtiers ne sont ni suffisamment compris, ni intégrés dans les plans d’aménagement.

La deuxième plus grande ville du Japon, Osaka, devrait perdre ses quartiers d’affaires et de divertissements d’Umeda et de Namba à moins que les défenses contre les inondations soient renforcées.

«Dans le passé, notre objectif était de limiter les causes du réchauffement climatique mais étant donné que le réchauffement climatique est inévitable, nous discutons maintenant de la façon de réagir aux catastrophes naturelles qui vont suivre», a déclaré Toshikazu Nakaaki, du bureau environnemental d’Osaka, au Guardian.

Le Bangladesh est aussi touché. Situé sur un immense delta qui menace aussi Calcutta (Inde), le pays est pris en étau : au Nord, l'eau provenant de la fonte des neiges et des glaciers de l'Himalaya et au Sud, l'océan Indien. Selon la Banque mondiale, la population installée sur la côte subira de plein fouet l' impact du réchauffement climatique. 

Hô Chi Minh-Ville, au Viêtnam, est aussi une ville asiatique menacée par la montée des eaux. Un tiers de la ville est régulièrement confronté aux inondations. Si la population continue de s'installer sur des zones peu élevées, les deux tiers de la ville se retrouveraient en première ligne, souligne le Guardian

En Amérique 

Annapolis, New York, Miami et la station spatiale de Cap Canaveral (Floride) seraient les principales villes touchées par la montée des eaux. 

Le rapport de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), publié en janvier 2017, montre que les côtes américaines, en particulier sur la façade Atlantique, sont parmi les plus vulnérables à la montée des océans. Le pire scénario correspondrait à une élévation de 2,5 mètres le long de ces côtes d'ici 2100.

«Sur toute la côte nord-Atlantique, il y a un phénomène de subsidence, c'est-à-dire un affaissement de la croûte terrestre qui s'ajoute à la montée de l'océan», a expliqué Villiam Sweet, chercheur à la NOAA, au journal Le Monde. Puisque les terres émergées s'affaissent et que l'océan gonfle, l'érosion et le déplacement du trait de côte n'en sont que plus rapides. 

A Annapolis, par exemple, on comptait moins de dix jours d'inondations par an entre 1950 et 1975. Depuis le début des années 2010, la ville subit ce désagrément entre quarante et soixante jours par an. 

Miami sera presque engloutie sous la mer, même avec un réchauffement de 2°C. Le sentiment d’urgence est évident pour la mairie où les membres d'une commission ont demandé aux électeurs d’approuver «Miami Forever» au scrutin de novembre, un engagement qui comprend 192 millions de dollars pour moderniser les stations de pompage, développer les systèmes de drainage, élever des routes et construire des digues.

Cap Canaveral, situé en Floride, sur la côte Est, est menacé par la montée des eaux et la répétition d'ouragans dévastateurs, tel Sandy en 2012. Un rapport du Southeast Florida Regional Climate Compact estime que le niveau des eaux pourrait s'élever de 60 cm, le long de la Floride, d'ici à 2060. La base de lancement de la Nasa et le centre spatial Kennedy pourraient donc devoir fermer leurs portes. 

Même de grandes métropoles comme Los Angeles pourraient être affectées par le phénomène. Toute la baie de San Francisco jusqu’à Sacramento pourrait être victime de la montée des eaux si les tendances se confirment.

La ville de New York pourrait être victime de fréquentes inondations. D’après l’étude publiée dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS) par dix auteurs, la fréquence d’une inondation majeure à New York était d’une fois tous les 500 ans avant la révolution industrielle. Durant la période de 1970 à 2005, le laps de temps moyen entre deux événements climatiques de ce type est passé à 25 ans. Pour la période de 2030 à 2045, les auteurs prévoient que la fréquence tombe à cinq ans, événement climatique qui correspondrait à une élévation de 2,25 mètres du niveau de la mer. 

Dans d'autres villes, il y a moins d’argent pour s’adapter et le sentiment d’urgence est plus faible. A Rio de Janeiro par exemple, une hausse de 3°C inondera des plages célères telles que Copacabana, l’aéroport du front de mer et de nombreux sites des Jeux Olympiques 2016.

En Afrique 

Le Cap, Lagos, Alexandrie, Grand-Bassam, Lomé, la Guinée ou encore Abidjan sont directement menacés par la montée des eaux. 

En Egypte, même une élévation de 0,5 mètres du niveau de la mer submergera les plages d’Alexandrie et déplacera 8 millions de personnes, à moins que des mesures de protection ne soient prises, selon le GIEC. Mais les activistes locaux disent que les autorités considèrent cela comme un problème lointain. «Cette question ne figure pas sur la liste des priorités du gouvernement», a déclaré Ahmed Hassan, de «Save Alexandrie Initiative», au Guardian.

Abidjan fait partie des villes les plus vulnérables face au risque de la hausse du niveau de la mer. La cité s'étale sur les bords de l'océan Atlantique et selon le rapport State of the World Cities 2008-2009 de l'ONU Habitat, le port et l'aéroport d'Abidjan se situent un mètre au-dessus du niveau de la mer. Une montée des eaux pourrait ainsi noyer 562 km2 le long de la côte. 

A Lagos, au Nigéria, ville la plus densément peuplée d'Afrique avec plus de 15 millions d'habitants, les tempêtes inondent déjà les bas quartiers et des étendues de terre pourraient être submergées par la montée du niveau de la mer. 

Au Cap, de larges étendues de la zone industrielle, des promenades et des propriétés du bord de mer peuvent être touchées par une hausse de 2,5 mètres du niveau de la mer dans les vingt-cinq prochaines années, entraînant des millions de dollars de dégâts. 

En Côte d'Ivoire, à Grand-Bassam, la ville historique et balnéaire est menacée par l'érosion qui attaque la côte ivoirienne. Bâtie sur une mince bande de terre entre l'océan Atlantique et une lagune, la cité a déjà perdu ses grands commerces, son marché, sa scierie, tous submergés par les flots. 

Même problème dans la région côtière de Guinée. «Si rien n'est fait d'ici 75 ans, le niveau de la mer augmentant de plus de 80 centimètres de hauteur, nous aurons une perte de plus de 30% de nos terres agricoles en front de mer, les infrastructures côtières subiront aussi ces effets négatifs», a confié le directeur du programme développement durable du Pnud, Dr Selly Camara, à Jeune Afrique

À Lomé, au Togo, les habitants se réveillent parfois avec la mer dans leurs chambres. Le littoral est rongé par l'océan et perd 10 mètres par an. Les premiers habitants sont à une dizaine de mètres de la plage. Baguida, Gbodjomé, Agborafo : ces villages situés le long de la côte disparaissent progressivement. 

L’Europe ne fait pas l’exception

Le Royaume-Uni, la France et les Pays-Bas sont les pays les plus vulnérables en Europe. 

Les impacts seront également ressentis sur l’économie et la production alimentaire. Lincolnshire est l’une des zones les plus vulnérables du Royaume-Uni, où des étendues de terres agricoles risquent d’être englouties par la mer. «Nous sommes conscients que le changement climatique est en train de se produire et peut-être plus rapidement que prévu alors nous essayons d’atténuer et de nous adapter pour protéger les personnes et les biens. Nous ne pouvons pas l’arrêter mais nous pouvons réduire les risques», a déclaré Alison Baptise, directrice de la stratégie et de l’investissement à l’Agence britannique de l’environnement, au Guardian. Elle a déclaré que les mesures en place devraient protéger la plupart des communautés à court et moyen terme mais dans 50 ans, la situation deviendra plus difficile.

Amsterdam, capitale des Pays-Bas, dont la majorité des terres sont situées à très basse altitude, pourrait aussi avoir les pieds dans l’eau d’ici 2050 dans le cas d’un réchauffement climatique compris entre 2 et 4 degrés. La moitié de la population du pays vit dans des zones conquises sur la mer. Un quart du pays se trouve également sous le niveau de la mer. Le pays pourrait donc être en première ligne si le niveau des océans augmente. 

La France ne fait pas exception à ce phénomène, puisque plusieurs grandes villes françaises pourraient être affectées par la montée des eaux. Parmi les villes à risque, on peut citer Bordeaux et la côte Atlantique, Saint-Malo, tout le sud de la Bretagne mais aussi Calais ou Dunkerque au Nord. Même des villes relativement éloignées du littoral, comme Rouen, pourraient voir en 2100 une grande partie de leurs zones urbaines inondées par la montée des eaux.

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