1 million de cas de choléra, 6 enfants morts par heure... le Yémen s'enlise dans une crise sans précédent

Un nourrisson souffrant de malnutrition dans un hôpital de la ville portuaire de Hodeidah au Yémen, le 3 décembre 2017 [ABDO HYDER / AFP/Archives] Un nourrisson souffrant de malnutrition dans un hôpital de la ville portuaire de Hodeidah au Yémen, le 3 décembre 2017 [ABDO HYDER / AFP/Archives]

Un million de cas de choléra, six enfants morts par heure, 80% des habitants démunis: la guerre au Yémen, qui dure depuis 1.000 jours, est la pire crise humanitaire au monde, mais elle est largement oubliée, regrettent les ONG, qui appellent au sursaut.

"Il faut que cela cesse": pour Liny Suharlim, en charge du Yémen pour l'ONG Acted, "il est temps d'agir" tant la situation "empire". "Le nombre de personnes dans le besoin a augmenté de plus d'un million ces six derniers mois, pour atteindre les 22 millions. C'est donc plus ou moins 80% de la population qui dépend de l'aide humanitaire pour les soins médicaux, l'eau, la nourriture", souligne-t-elle dans un entretien à l'AFP.

Le 26 mars 2015, neuf pays dirigés par l'Arabie saoudite lancent dans ce pays, déjà le plus pauvre du Moyen-Orient, l'opération "Tempête décisive" pour contrer la rébellion des Houthis. Depuis, la guerre n'a fait que redoubler, attisée par Al-Qaïda et Daesh, et un conflit par procuration entre l'Iran, allié des Houthis, et l'Arabie saoudite. Plus de 8.750 morts sont à déplorer mais le pire est à venir, soulignent les ONG.

"Une famine se profile", avertit Olivier De Schutter, ancien rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation. Déjà, 4,5 millions d'enfants et de femmes enceintes sont sévèrement malnutris, soit 148% de plus qu'avant la guerre, selon l'ONU. Au rythme actuel, 50.000 enfants devraient être morts pour la seule année 2017.

"Et cela n'a rien d'une catastrophe naturelle ou d'une conséquence des changements climatiques", souligne M. De Schutter, cosignataire d'un appel mondial à "agir d'urgence" lancé par 350 personnalités, dont l'actrice française Juliette Binoche, le chanteur britannique Peter Gabriel, la prix Nobel de la paix iranienne Shirin Ebadi...

"C'est entièrement imputable à des causes politiques — des gouvernements irresponsables et des grandes puissances dont l'inaction les renforce dans leur sentiment d'impunité. Tandis que toute une population est prise en otage, la diplomatie semble avoir laissé tomber ses efforts", accuse l'ancien responsable onusien.

 

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