Afghanistan : bataille pour Ghazni, envahie par les talibans

Capture vidéo d'une vidéo de l'AFPTV montrant l'attaque de Ghazni par les talibans, dans l'est de l'Afghanistan, le 10 août 2018 [AFPTV / AFP] Capture vidéo d'une vidéo de l'AFPTV montrant l'attaque de Ghazni par les talibans, dans l'est de l'Afghanistan, le 10 août 2018 [AFPTV / AFP]

Les talibans patrouillent vendredi les rues de Ghazni, chef-lieu de la province éponyme à deux heures de route au sud de Kaboul, dont la population était terrorisée par leur présence et la poursuite des combats.

Ghazni est la deuxième capitale provinciale à tomber en moins de trois mois aux mains des talibans, après Farah (ouest) le 15 mai, rapidement reprise par l'armée.

Selon les forces américaines qui ont conduit «des raids de soutien aux forces afghanes», «les combats ont cessé depuis 8H00» (3H30 GMT), mais le correspondant de l'AFP en ville continuait d'entendre des tirs d'armes automatiques plus de trois heures plus tard. «On entend encore des tirs venant de plusieurs directions. Les talibans vont et viennent en ville, ils sont des dizaines. Le bâtiment de la direction de la Reconstruction est en feu», avait également rapporté un commerçant, Asif Panahi, 31 ans, contacté par l'AFP vers 8H30 (4H00 GMT).

Des dizaines de morts

Selon le chef de la police locale, Farid Ahmad Marshal, «les combattants talibans ont lancé leur assaut hier (jeudi) vers 23H00 en attaquant les barrages de sécurité qui ceinturent la ville. Les combats se poursuivent avec les forces de sécurité» a-t-il indiqué à l'AFP. «Ils ont avancé en ville et tiré plusieurs obus de mortier sur les habitations», a précisé le porte-parole du gouverneur provincial Arif Noori, évoquant plusieurs morts et blessés parmi les soldats et une «trentaine» parmi les insurgés.

«Il y a eu des attaques multiples contre les sites gouvernementaux la nuit dernière mais les combats ont cessé vers 8H00. Les forces américaines ont riposté par un soutien aérien rapproché (avec des hélicoptères d'attaques) et mené des raids (depuis des drones)» a détaillé pour l'AFP leur porte-parole, le lieutenant-colonel Martin O'Donnell.

«Les forces afghanes gardent le contrôle au sol. Une nouvelle vaine tentative des talibans pour prendre du terrain et faire les gros titres», a-t-il ajouté. Le porte-parole de la présidence, Shah Hussain Murtazawi, a affirmé que «les commandos des forces spéciales sont en route».

«Ils sont partout»

Le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid a expliqué dans un communiqué que «cette attaque s'inscrit dans le cadre de l'offensive de printemps» lancée début mai : «Des centaines de moudjahidines équipés d'armes lourdes se sont emparés des checkpoints et postes de police de la ville». Il ajoute que «140 membres des forces ennemies ont été tués et blessés mais (que) les pertes dans les rangs des moudjahidines sont faibles», assertion conforme aux habituelles exagérations du porte-parole.

Sur Facebook, «Yasan», un habitant de Ghazni raconte que «les talibans se servent des hauts-parleurs de la mosquée pour dire aux gens de rester chez eux. On entend de fortes explosions et des tirs, on est terrifié». «On ne peut pas sortir» a confirmé Mohammad Haleem, un autre commerçant de 49 ans, à l'AFP : «Les talibans sont partout, ils nous empêchent de sortir, nous craignons pour nos vies».

Depuis la chute de Kunduz, la capitale économique du nord tombée brièvement aux mains des talibans en octobre 2015 puis de nouveau en octobre 2016, les forces armées afghanes ont concentré leurs efforts autour des capitales provinciales.

L'entrée des insurgés dans Ghazni, proche de Kaboul, moins de trois mois après Farah qu'ils avaient tenue une journée avant d'en être chassés, intervient également deux mois après le cessez-le-feu de trois jours qu'ils avaient observé en accord avec l'armée. Plusieurs informations de presse ont fait par ailleurs état de discussions engagées entre les talibans et des responsables américains au Qatar où les talibans disposent d'un «bureau politique».

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