Stress post-traumatique et suicides : l'autre combat des pompiers américains

«Il m'arrive encore parfois de me réveiller le matin et de souhaiter être mort» : comme beaucoup de ses camarades, Matt Shobert, un ancien pompier américain, a longtemps souffert en silence et pensé à mettre fin à ses jours, traumatisé par les épreuves affrontées.

Combattre les incendies qui ont ravagé certaines parties de l'ouest américain cet été est synonyme de journées interminables, sous la menace mortelle des flammes, dans un environnement dévasté. «Certains pompiers travaillent 12 à 36 heures d'affilée face aux feux. Ils sont épuisés émotionnellement et physiquement», explique Tony Bommarito, le chef des pompiers de Yorba Linda, près de Los Angeles en Californie.

«Nous ne sommes pas des super-héros. Tout le monde a ses limites». En Californie, l'Etat américain le plus sévèrement touché par les incendies, ils sont cinq à avoir perdu la vie en combattant les flammes cette année. Et soixante-quatre à travers les Etats-Unis.

Ces chiffres n'incluent pas les quarante-cinq soldats du feu qui se sont suicidés, selon Jeff Dill, qui a créé un groupe de soutien pour les pompiers souffrant de dépression ou de stress post-traumatique. «On attend de nous que nous soyons courageux, forts, que nous aidions mais pas que nous demandions de l'aide», ajoute-t-il. Du soutien, il en a apporté : c'est vers lui que Matt Shobert s'est tourné le jour où il a pensé à se jeter d'un pont à San Diego. Au lieu de passer à l'acte, Matt a pris son téléphone et a appelé son ami.

«Tout a disparu»

Des soldats du feu combattent un incendie en Californie le 2 août 2018 [Mark RALSTON / AFP]
Des soldats du feu combattent un incendie en Californie le 2 août 2018

Matt Shobert, 56 ans, ne cessait alors de repenser à son accident quasi fatal survenu pendant un simple travail de prévention des incendies, alors qu'il supervisait un débroussaillage au milieu de nulle part, à l'été 2014.

La lame d'une tondeuse à gazon a heurté une pierre, propulsant celle-ci vers son visage. Le projectile l'a assommé et il a perdu connaissance sans que le jardinier ne remarque quoi que ce soit. A son réveil, il était couvert de sang et a dû trouver les forces pour parcourir près d'un demi-kilomètre et appeler à l'aide. Cet accident l'a traumatisé. «Il a fallu que je sauve ma propre vie. Après 30 ans de service où l'on fait face à la mort, à la destruction et aux carnages, je pense que tout ça a refait surface...»

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