Le Brexit dans l’impasse ?

Les hésitations sont telles que les Européens réclament un nouveau référendum. Les hésitations sont telles que les Européens réclament un nouveau référendum.[Rob Pinney/LNP/Shutters/SIPA]

Alors que le départ du Royaume-Uni de l’UE approche, l’accord n’a toujours pas été trouvé et l’inquiétude grandit.

Des problèmes techniques susceptibles de faire échouer les pourparlers. Alors que le négociateur de l’Union ­européenne (UE) pour le Brexit, Michel Barnier, affirmait fin août que «85 % du travail» avait été fait, force est de constater que les 15 % restants engendrent des problèmes majeurs. Le sommet qui a réuni les Vingt-Huit a Salzbourg, en Autriche, ces deux derniers jours, a en effet illustré une nouvelle fois l’impasse dans laquelle se trouvent ­Londres et Bruxelles, à six mois de l’entrée en vigueur du divorce. Si bien que même la possibilité d’une sortie sans accord, longtemps jugée inacceptable, commence à être envisagée.

Les douanes en question

Au cœur des débats, se trouve la ­question de l’union douanière, dont le Royaume-Uni voudrait conserver certains avantages. Une approche à la carte que refuse Bruxelles. Le sujet est particulièrement épineux en ce qui concerne l’Irlande du Nord, partie intégrante du Royaume-Uni, et frontalière de la république d’Irlande, membre de l’UE.

La conséquence logique de la fin de l’union douanière serait le rétablissement d’une frontière entre les deux territoires, qui s’y opposent, craignant de voir renaître les tensions héritées de la guerre civile de 1922. Bruxelles propose donc de maintenir une libre circulation des marchandises, et de placer un filet de sécurité entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni. Une option exclue par ce dernier, qui refuse l’établissement d’une frontière interne.

Face à l’absence d’avancées, l’UE a annoncé la tenue d’un ultime sommet en novembre, après celui du 18 octobre, initialement programmé pour être le dernier. D’ici là, les Européens espèrent que ­Londres aura reformulé ses propo­sitions, Emmanuel Macron ayant répété ce jeudi qu’elles n’étaient «pas acceptables en l’état». De son côté, Theresa May a ­affirmé que «l’UE devra aussi faire évoluer sa position».

Or, les Vingt-Sept ­affichent une fermeté intraitable. «Aucun Etat membre ne voudra prendre le risque de briser l’unité», souligne Aurélien Antoine, professeur de droit et fondateur de l’Observatoire du Brexit. Des dirigeants européens ont même ­demandé à Londres d’organiser un nouveau référendum, un peu plus de deux ans après le premier. Une suggestion ­rejetée par Theresa May et jugée fantaisiste par le spécialiste, notamment à cause des problèmes logistiques qu’entraînerait sa mise en œuvre.

Un «no deal» à risque

En cas d’absence d’accord au 29 mars 2019, date d’entrée en vigueur du Brexit, de nombreuses questions devront se ­ régler au cas par cas, provoquant une instabilité des marchés. Les accords sur les transports, par exemple, qui régissent le fonctionnement de ­l’Eurostar et du trafic aérien, devraient être renégociés. «Ce ne serait pas ­ingérable, mais il faudrait tout faire ­bilatéralement, entre le Royaume-Uni et chaque pays concerné», explique Christian Lequesne, professeur à Sciences-Po.

Les dirigeants des supermarchés britanniques ont en outre averti le Trésor d’un risque de flambée des prix des biens de consommation. Enfin, les modalités de circulation des touristes britanniques dans l’UE ne seraient plus garanties, et vice-versa. Une situation que les Vingt-Huit espèrent encore éviter.

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