A-t-on vraiment vaincu Daesh ?

La coalition internationale juge la décision de Trump prématurée, alors que les terroristes ont toujours de l’influence.[© Welayat salahuddin/AFP]

Mission accomplie face à Daesh ? Donald Trump a une nouvelle fois pris tout le monde de court, mercredi, en ­­annonçant que les 2 000 soldats américains déployés pour combattre le groupe jihadiste en Syrie allaient être rapatriés.

Le président des Etats-Unis a justifié sa décision en estimant avoir «vaincu» Daesh dans le pays de Bachar al-Assad, plus de quatre ans après la proclamation du califat sur ses territoires en Syrie et en Irak.

Une décision qui a semé le trouble au sein de la communauté internationale, de nombreux dirigeants estimant que ce départ était prématuré. Car, même si le groupe terroriste a perdu la majorité de ses terres, il reste une menace majeure.

Des défaites sur le terrain

Au Moyen-Orient, le territoire aux mains de Daesh n’a plus rien à voir avec celui qu’il contrôlait à son apogée, en 2015. A l’époque, le califat imaginé par les jihadistes était quasiment une réalité.

Ils maîtrisaient une zone aussi grande que le Royaume-Uni, qui englobait deux villes importantes : Mossoul, en Irak, et Raqqa, en Syrie. «Depuis, ils ont perdu 90 % de leur territoire», ­estime Wassim Nasr, auteur de Etat ­islamique, le fait accompli (éd. Plon).

L’entrée en guerre de la coalition internationale, en novembre 2015, a fait ­reculer considérablement le groupe ­terroriste. Dernier exemple en date, la ­reprise par les Kurdes, aidés par leurs ­alliés occidentaux, de la localité de Hajin (Syrie), dernier fief urbain de Daesh, le 17 décem­bre.Autrement dit, le groupe «n’a plus de logistique comme il a pu en avoir», affirme la ministre française des Armées, Florence Parly, l’obligeant à agir clandestinement.

Malgré tout, «la bataille est encore loin d’être gagnée», prévient Karim Emile Bitar, directeur de recherche à l’Iris. Les jihadistes ont en effet réussi à conserver une grande ­capacité de nuisance. D’après le Center for Strategic and International Studies, dans certaines régions irakiennes, le nombre d’attaques attribuées à Daesh a doublé en 2018 par rapport à 2017, avec une moyenne de 75 attentats par mois.

De plus, même s’ils sont moins ­visibles, il reste entre 20 000 et 30 000 combattants en Syrie et en Irak, selon un rapport de l’ONU publié en août. En 2015, ils étaient environ 100 000. De multiples cellules de militants isolés sont par ailleurs toujours actives en Egypte, en Afghanistan, au Nigeria, en Libye, ou encore en Somalie.

Une idéologie encore présente

Même loin de ses terres, Daesh conserve aussi une forte influence souterraine en Occident. Les attentats perpétrés en son nom en sont l’illustration. En France, l’attaque du marché de Noël de Strasbourg, la semaine dernière, a ainsi été revendiquée par le groupe terroriste, tout comme celles de Trèbes et de ­Carcassonne en mars. Sans compter celles qui ont pu être déjouées. Au total, 55 projets d’«attentats islamistes» ­auraient ainsi été stoppés en cinq ans, depuis novembre 2013, selon le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Laurent Nunez.

«L’idéologie de Daesh est toujours aussi présente», analyse Wassim Nasr, en ­raison de la communication du groupe. Ce dernier n’hésite pas, en effet, à se poser en victime des forces occidentales. La guerre contre Daesh semble donc ­encore loin d’être terminée.

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