Olivier Marty : «Il ne faut pas permettre au Royaume-Uni de revenir dans l'UE»

Pour Olivier Marty, Theresa May devrait rester au pouvoir même en cas de rejet de son accord de Brexit par le Parlement, car elle ne semble pas vouloir démissionner et une motion de censure ne peut pas être adopté en l'état actuel des choses. Pour Olivier Marty, Theresa May devrait rester au pouvoir même en cas de rejet de son accord de Brexit par le Parlement, car elle ne semble pas vouloir démissionner et une motion de censure ne peut pas être adopté en l'état actuel des choses. [Olivier Marty / LinkedIn]

Mardi 15 janvier, les députés britanniques devront faire un choix crucial pour l'avenir du Royaume-Uni. Ils voteront sur l'accord de Brexit de Theresa May négocié avec l'UE. Pour Olivier Marty, enseignant en questions européennes à Sciences Po et HEC, il est difficile d'imaginer ce compromis être approuvé par le Parlement, ce qui laisserait alors quelques options sur la table, dont un «no deal» ou un report de la date du Brexit, prévu le 29 mars.

L’accord de Brexit de Theresa May a-t-il une chance d’être approuvé par le Parlement britannique ?

Je crains que Theresa May n'obtienne pas la majorité parlementaire nécessaire à l'approbation de son accord. Elle est manifestement trop discréditée et suscite trop d’antagonismes. En fait, elle apparaît comme le bouc émissaire de toutes les turpitudes politiques britanniques.

Quels sont les scénarios possibles en cas de rejet de l'accord par les députés ?

Il y a théoriquement trois options sur le table. La première est celle d'un «no deal». Ce serait l'hypothèse la plus logique sur le plan juridique, l’article 50 du traité de Lisbonne prévoyant que l’Etat sortant quitte l’UE au plus tard deux ans après le dépôt sa demande de retrait, avec ou sans accord. Toutefois, le Parlement britannique y est majoritairement opposé. Du côté de l’UE, laisser faire un «no deal» serait perturbateur sur le pla plan économique et coûteux sur le plan politique.

Une deuxième hypothèse est d'étendre la période de négociations avec Bruxelles, donc de reporter la date du Brexit, prévue le 29 mars. Cette option pourrait permettre au gouvernement britannique, soit d'obtenir de nouvelles concessions de la part de l’UE, soit de poursuivre le travail d’explicitation de l’accord.

Dernier scénario, transformer le Royaume-Uni en membre «ad-hoc» de l'Espace économique européen (EEE), auquel appartiennent les 28 membres de l'UE ainsi que la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein. On ne ferait pas du Royaume-Uni un membre à part entière de l'EEE, car ce serait trop compliqué, mais une solution transitoire pourrait être trouvée afin d'éviter un «no deal».

Theresa May est-elle en danger ?

La locataire du 10, Downing Street peut faire l'objet d'une motion de censure de la part de l'opposition en cas de rejet de son texte. Sauf que la majorité nécessaire pour la voter ne semble pas réunie.

Sinon, la Première ministre pourrait démissionner. Mais je ne pense pas qu'elle va le faire, immédiatement du moins, car c'est une femme tenace. Si aucun autre dirigeant ne se présente face à elle à la suite des élections anticipées ou de la montée de la pression venant de son camp conservateur, elle restera vraisemblablement au pouvoir.

Un second référendum pourrait-il être organisé ?

Ce n'est pas totalement exclu. Le débat revient au Royaume-Uni, en particulier dans le camp des «Remainers», excédés par la tournure des événements.

A mon sens, une idée logique, s'il n'y avait pas d'accord parlementaire, serait que le gouvernement propose un second référendum dans lequel il laisse un choix binaire entre son compromis de divorce ou bien une sortie sans accord. Cela mettrait l’opinion publique face à ses responsabilités alors que celle-ci ne semble pas s’être réellement retournée en faveur du maintien dans l’UE.

Il ne faut en tout cas pas permettre, ni du coté britannique ni du coté de l’UE, au pays de revenir dans l’Union, car ce serait mauvais pour les deux camps.

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