Nissan dénonce le flou du Brexit, Theresa May reste «déterminée» à l'exécuter

La Première ministre britannique Theresa May s'adresse aux médias devant le 10, Downing Street, le 16 janvier 2019 [Oli SCARFF / AFP/Archives] La Première ministre britannique Theresa May s'adresse aux médias devant le 10, Downing Street, le 16 janvier 2019. [Oli SCARFF / AFP/Archives]

La Première ministre britannique Theresa May a réaffirmé dimanche sa détermination à exécuter le Brexit dans les temps, avec un accord de divorce révisé, tandis que «l'incertitude persistante» a contribué à la décision du géant automobile Nissan de renoncer à un investissement en Angleterre.

Le constructeur japonais a abandonné son projet de produire son crossover X-Trail dans son usine de Sunderland (nord-est), sa principale implantation européenne. Il sera produit à Kyushu, au Japon.

«Nous avons pris cette décision pour des raisons économiques, mais l'incertitude persistante autour des futures relations du Royaume-Uni avec l'UE n'aide pas des entreprises comme la nôtre à planifier l'avenir», a justifié Gianluca de Ficchy, le président de Nissan Europe.

L'usine de Sunderland - ville ayant voté à 61% pour le Brexit en 2016 - emploie environ 7.000 personnes et sort 500.000 véhicules par an, pour plus de moitié exportés vers l'UE, sans droits de douane, ce qui pourrait changer si le Royaume-Uni rompt avec les 27 sans accord.

«Les conservateurs ont bâclé les négociations (avec Bruxelles) et la menace d'un 'no deal' engendre de l'incertitude et nuit à l'économie britannique», a déploré le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, sur Twitter.

Censé quitter l'UE le 29 mars, le Royaume-Uni est dans le flou total quant à la forme que prendra le Brexit, les députés ayant massivement rejeté mi-janvier l'accord de divorce négocié avec Bruxelles par Theresa May.

Solutions alternatives

La dirigeante conservatrice tente depuis de rouvrir les négociations avec l'UE sur le texte afin de parvenir à un compromis susceptible de rallier une majorité parlementaire.

«Je suis déterminée à mettre en oeuvre le Brexit, et déterminée à le mettre en oeuvre dans les temps - le 29 mars 2019», a-t-elle écrit dimanche dans le Sunday Telegraph, écartant la possibilité d'un report, comme l'ont suggéré plusieurs responsables politiques.

«Quand je retournerai à Bruxelles, je me battrai pour la Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord, je serai armée d'un nouveau mandat, d'idées nouvelles et d'une détermination renouvelée pour convenir d'une solution pragmatique qui mette en oeuvre le Brexit», a-t-elle insisté.

Mme May s'appuie sur un amendement parlementaire voté mardi, qui demande des «arrangements alternatifs» au «filet de sécurité» (ou «backstop»), une clause controversée, côté britannique, visant à éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord britannique et la République d'Irlande.

Dans un communiqué, Downing Street a annoncé la mise en place d'un groupe de travail sur ces solutions alternatives, parmi lesquelles sont citées une date limite pour le «backstop» ou un mécanisme de sortie unilatéral. La première réunion est prévue lundi.

L'usine Nissan de Sunderland, en Grande-Bretagne, le 12 novembre 2014 [OLI SCARFF / AFP/Archives]
L'usine Nissan de Sunderland, en Grande-Bretagne, le 12 novembre 2014 [OLI SCARFF / AFP/Archives]

Mais Bruxelles s'est jusqu'ici montré hostile à toute renégociation. «Si les Britanniques veulent éviter un Brexit désordonné, notre offre est sur la table», a répété dimanche le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas. «Nous avons négocié un accord de Brexit équitable».

«Pas dans notre intérêt»

Theresa May s'est engagée à faire voter un accord remanié «dès que possible». Dans le cas où elle ne l'obtiendrait pas d'ici au 13 février, les députés voteront le 14 février sur la suite à donner au Brexit.

Mais à moins de deux mois de l'échéance, un échec pourrait entraîner une sortie sans accord, une hypothèse redoutée par les milieux économiques.

Les relations économiques entre Bruxelles et Londres seraient alors régies par les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), bien moins avantageuses que le dispositif actuel, basé sur la libre circulation des biens.

«Nous serions capables de gérer un tel scénario mais il ne serait pas dans notre intérêt de s'engager sur cette voie», a déclaré le ministre du Commerce extérieur, Liam Fox, sur Sky News.

L'annonce de Nissan est la dernière d'une série de mauvaises nouvelles accablant l'économie britannique.

Fin janvier, Airbus a averti de décisions «très douloureuses» en cas de Brexit sans accord, tandis que Sony a décidé de déménager son siège européen hors du pays.

Le britannique Jaguar Land Rover a prévu d'arrêter sa production pour une semaine en avril, et Toyota a également prévenu d'une interruption temporaire de sa production en cas de Brexit dur.

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