Le Venezuela paralysé par une gigantesque panne d'électricité

Une gigantesque panne d'électricité affectant le Venezuela depuis jeudi a contraint le gouvernement de Nicolas Maduro, qui y voit un acte de «sabotage», à suspendre vendredi la journée de travail et les cours, une mesure exceptionnelle dans ce pays plongé dans une grave crise politique et économique.

Le président socialiste a pris cette décision «afin de faciliter la remise en service de (la distribution de) l'électricité dans le pays, victime de la guerre impérialiste sur l'électricité», a écrit sur Twitter la vice-présidente vénézuélienne Delcy Rodriguez.

Frontières fermées, hôpitaux surchargés, vols suspendus à l'aéroport international Simon-Bolivar, rues désertes : depuis jeudi 16h50 (20h50 GMT), le Venezuela est en grande partie paralysé.

Un supermarché fermé à Barquisimeto au Venezuela durant une coupure d'électricité le 8 mars 2019 [RONALDO SCHEMIDT / AFP]
Un supermarché fermé à Barquisimeto au Venezuela durant une coupure d'électricité le 8 mars 2019 [RONALDO SCHEMIDT / AFP]

Cette coupure de courant affecte tous les quartiers de la capitale et les services comme le métro et les feux de circulation. Des milliers de personnes qui quittaient jeudi leur travail ont dû marcher des kilomètres pour regagner leurs domiciles.

L'économie du pays, déjà très fragile, est également directement touchée: outre les transactions électroniques suspendues, les Vénézuéliens ne peuvent pas retirer d'argent aux distributeurs et les banques sont restées fermées vendredi.

«Nous sommes venus pour répondre présents, mais sans courant, impossible d'ouvrir la banque, c'est un important manque à gagner pour le commerce. On ne peut pas acheter le peu de choses encore disponibles», témoigne auprès de l'AFP Judi Bello, 42 ans, employée dans une banque d'Etat. Ayant dû prendre trois bus pour venir travailler, elle s'apprête à marcher six heures pour rentrer chez elle.

Des passants dans une rue déserte à Caracas durant la gigantesque panne d'électricité qui affecte le Venezuela le 8 mars 2019 [YURI CORTEZ / AFP]
Des passants dans une rue déserte à Caracas durant la gigantesque panne d'électricité qui affecte le Venezuela le 8 mars 2019 [YURI CORTEZ / AFP]

«On a passé la nuit à la bougie, ma famille est restée à la maison, ils n'ont pas pu aller étudier, ni travailler. On ne sait rien depuis hier», raconte de son côté Alexis Sabala, 62 ans.

Les lignes téléphoniques et internet ont été brusquement interrompus, ainsi que la distribution de l'eau dans les immeubles, assurée par des pompes électriques.

Les coupures de courant sont habituelles au Venezuela, confrontée à une grave crise économique, voire chroniques dans l'ouest du pays. Mais elles sont plus rares à Caracas, surtout de cette ampleur.

Le Brésil affecté

Depuis un an, le président Maduro a demandé aux forces armées d'activer un plan spécial de sécurité pour protéger les installations électriques, mais les pannes perdurent.

Au-delà du Venezuela, cette coupure de courant gigantesque affecte aussi l'Etat frontalier brésilien de Roraima (nord), contraint d'utiliser des centrales thermiques pour fournir du courant à sa population de plus de 500.000 habitants.

Des ouvriers de la compagnie d'électricité nationale CORPOELEC arrivent dans un hôpital pour enfants de Caracas avec un générateur durant la gigantesque panne d'électricité affectant le Venezuela le 8 mars 2019 [YURI CORTEZ / AFP]
Des ouvriers de la compagnie d'électricité nationale CORPOELEC arrivent dans un hôpital pour enfants de Caracas avec un générateur durant la gigantesque panne d'électricité affectant le Venezuela le 8 mars 2019 [YURI CORTEZ / AFP]

Une grande partie de l'énergie qui alimente habituellement l'Etat de Roraima provient de la centrale hydroélectrique vénézuélienne de Guri, l'une des principales d'Amérique Latine, qui selon Caracas aurait été «sabotée».

Les experts accusent en revanche le gouvernement socialiste de ne pas avoir investi pour entretenir les infrastructures alors que la crise économique fait rage.

Sur Twitter, le président Maduro a accusé les Etats-Unis : «La guerre de l'électricité annoncée et dirigée par l'impérialisme américain contre notre peuple sera mise en échec. Rien ni personne ne pourra vaincre le peuple de Bolivar et de Chavez. Patriotes, unissez-vous!»

«La coupure de courant (...) n'est pas la faute des Etats-Unis, de la Colombie, de l'Equateur, du Brésil, de l'Europe ou d'où que ce soit. Les coupures de courant et la famine sont le résultat de l'incompétence du régime de Maduro», a rétorqué Mike Pompeo, chef de la diplomatie américaine.

«Pas de nourriture. Pas de médicaments. A présent, pas de courant. Bientôt, plus de Maduro», a-t-il conclu.

Juan Guaido, l'opposant autoproclamé président par intérim et reconnu par une cinquantaine de pays, a lui aussi attribué la panne à l'incurie du gouvernement en place : «Chaos, inquiétude, indignation. Cette panne témoigne de l'inefficacité de l'usurpateur. La renaissance du réseau d'électricité et celle du pays passent par la fin de l'usurpation».

Depuis le 23 janvier, le Venezuela a deux présidents : Nicolas Maduro, qui a entamé un deuxième mandat contesté en raison des accusations de fraude qui pèsent sur sa réélection, et Juan Guaido, président de l'Assemblée nationale, qui s'est à ce titre proclamé président par intérim et est reconnu par une cinquantaine de pays.

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