Venezuela : rassemblements pro et anti-gouvernement après la panne géante

Une partisane du président autoproclamé vénézuelien Juan Guaido fait face à un policier lors d'une manifestation à Caracas le 9 mars 2019 [RONALDO SCHEMIDT / AFP] Une partisane du président autoproclamé vénézuelien Juan Guaido fait face à un policier lors d'une manifestation à Caracas le 9 mars 2019.[RONALDO SCHEMIDT / AFP]

Des milliers de partisans de l'opposition, vêtus de blanc, convergeaient samedi vers le centre de Caracas malgré un impressionnant déploiement de forces de l'ordre, au lendemain d'une gigantesque panne électrique qui enfonce encore un peu plus le Venezuela dans la crise.

Simultanément, des milliers de soutiens du régime, en rouge, attendaient dans un autre quartier du centre le président Nicolas Maduro, qui a accusé l'opposition et les Etats-Unis de sabotage.

Les autorités vénézuéliennes ne fournissent jamais de statistiques concernant les manifestations.

En début d'après midi, peu avant 14H00 locales (18H00 GMT) selon les constatations de l'AFP, ils étaient près de dix mille manifestants de l'opposition à gagner le lieu du rassemblement final avec M. Guaido, avenue de la Victoria, où de nombreux policiers anti-émeutes ont été déployées depuis les premières heures du jour.

Alors que leur nombre continuait de croitre, de très nombreux militaires de la Garde nationale bolivarienne (GNB) avaient pris position le long des autoroutes urbaines et bloquaient les sorties conduisant à l'avenue de la Victoria, selon un journaliste de l'AFP qui a compté au moins vingt blindés.

«Il n'y a pas d'eau, pas de lumière, rien à manger, on n'en peut plus», s'énerve Jorge Lugo, qui vient du quartier de Santa Mónica, au sud-est de la ville, en brandissant un drapeau.

«Nous faire peur»

«Ils vont essayer de nous faire peur mais ils vont avoir une surprise: ils n'arriveront pas à contenir un peuple décidé à en finir avec l'usurpation» a averti samedi matin sur Twitter Juan Guaido, président par intérim autoproclamé, reconnu par une cinquantaine de pays depuis le 23 janvier.

Dans la nuit, des députés de l'opposition ont dénoncé l'arrestation de trois de leurs collaborateurs qui étaient en train de monter une estrade. Mais ils ont affirmé que l'appel à défiler était maintenu même sans estrade.

Des partisans du président autoproclamé vénézuelien Juan Guaido manifestent à Caracas le 9 mars 2019 [YURI CORTEZ                          / AFP]
Des partisans du président autoproclamé vénézuelien Juan Guaido manifestent à Caracas le 9 mars 2019

De son côté, le président Maduro qui avait appelé à une mobilisation «anti impérialiste» a affirmé samedi matin, également via Twitter, qu'«une fois de plus l'impérialisme américain a sous-estimé la détermination du peuple vénézuélien».

Le chef de l'Etat, dont la réélection est contestée par l'opposition, a attribué la gigantesque panne électrique qui a paralysé le pays pendant près de 30 heures à un «sabotage cybernétique» fomenté par les Etats-Unis.

L'électricité est revenue par intermittence samedi dans la plupart des quartiers de Caracas et dans les Etats du centre-est du pays, mais le reste du territoire reste privé de courant, en particulier la zone pétrolière et très peuplée de Maracaibo (ouest) et les territoires de l'intérieur du pays qui sont dans le noir depuis plus de 40 heures, selon les correspondants de l'AFP.

Les télécommunications, entièrement coupées - internet et réseaux cellulaires - commencent à se rétablir mais le métro de la capitale, qui transporte chaque jour près de deux millions de personnes, est resté fermé.

Une partisane de Juan Guaido manifeste à Caracas le 9 mars 2019 avec une banderole disant "Bachelet, si tu restes neutre face à l'injustice, tu as pris le parti du dictateur", adressée à Michelle Bachelet, Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme [RONALDO SCHEMIDT / AFP]
Une partisane de Juan Guaido manifeste à Caracas le 9 mars 2019 avec une banderole disant "Bachelet, si tu restes neutre face à l'injustice, tu as pris le parti du dictateur", adressée à Michelle Bachelet, Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme

L'absence de courant depuis jeudi 16h50 locales a créé par endroit une situation sanitaire problématique et provoqué des décès dans les hôpitaux qui ne sont pas équipés de générateurs.

«Preuves» contre Washington

L'hôpital Miguel Perez Carreno à Caracas pendant la panne de courant, le 8 mars 2019 [MATIAS DELACROIX / AFP]
L'hôpital Miguel Perez Carreno à Caracas pendant la panne de courant, le 8 mars 2019

Cette panne soumet l'économie du Venezuela, déjà très fragile, et la population à de nouvelles tensions. Avec une inflation hors de contrôle, l'argent liquide est rare, faute de billets disponibles. Seules les transactions électroniques permettent de faire des achats, même pour du pain. Mais toutes ont été suspendues dès jeudi soir.

«J'appelle tout le peuple vénézuélien à s'exprimer massivement dans la rue contre le régime usurpateur, corrompu et incapable qui a plongé notre pays dans l'obscurité», avait appelé Juan Guaido.

Caracas plongé dans la pire panne de courant de l'histoire du Vénézuela, le 8 mars 2019 [Ronaldo SCHEMIDT / AFP]
Caracas plongé dans la pire panne de courant de l'histoire du Vénézuela, le 8 mars 2019

Le gouvernement, sous pression depuis des semaines, a dénoncé «la guerre impérialiste sur l'électricité». Le ministre de la Défense Vladimir Padrino a qualifié la panne d'«agression délibérée» des Etats-Unis et a annoncé un «déploiement» de l'armée, sans plus de détails.

Le gouvernement vénézuélien a affirmé qu'il fournirait à l'ONU «des preuves» d'une responsabilité de Washington dans cette panne géante, la pire jamais connue par le pays. Ces informations seront remises à une délégation du Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme qui est attendue dans quelques jours à Caracas, a déclaré le ministre de la Communication, Jorge Rodriguez.

L'origine de la coupure n'est pas encore connue. Des experts accusent le gouvernement socialiste de ne pas avoir investi pour entretenir les infrastructures alors que la crise économique fait rage.

La compagnie vénézuélienne d'électricité Corpoelec a dénoncé un «sabotage» de la centrale hydroélectrique vénézuélienne de Guri, la plus importante du pays et l'une des principales d'Amérique latine.

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