Le Congrès, et les Américains, suspendus au rapport Mueller

Le président américain Donald Trump à son arrivé vendredi en Floride  [NICHOLAS KAMM / AFP] Le président américain Donald Trump à son arrivé vendredi en Floride [NICHOLAS KAMM / AFP]

Elus démocrates et républicains affûtaient dimanche leurs arguments avant de découvrir les conclusions du procureur spécial Robert Mueller sur une possible collusion entre les proches de Donald Trump et la Russie lors de la campagne de 2016.

Le président des Etats-Unis, qui passe le week-end en Floride dans son club de Mar-a-Lago, a fait preuve d'une retenue inhabituelle: il n'a pas dit un mot sur ce document confidentiel depuis qu'il a été remis vendredi au ministre de la Justice William Barr.

«Bonjour, je vous souhaite une bonne journée!», a-t-il simplement tweeté dimanche matin avant d'envoyer, comme il fait régulièrement, le slogan qui orne les casquettes rouges vendues dans ses meetings «MAKE AMERICA GREAT AGAIN!».

Bill Barr devrait transmettre dans la journée de dimanche au Congrès les principales conclusions du texte, auquel la Maison Blanche assure ne pas avoir eu accès.

Le discret et méthodique Mueller a mis un terme à ses investigations à l'issue d'une enquête de près de deux ans sur laquelle très peu d'éléments ont fuité mais qui a tenu le pays en haleine, rappelant celle du Watergate qui a poussé Richard Nixon à la démission en août 1974.

Le ministre américain de la Justice William Barr [Nicholas Kamm / AFP/Archives]
Le ministre américain de la Justice William Barr

Pour l'heure, il soulève une myriade de questions: l'équipe Trump a-t-elle travaillé main dans la main avec Moscou pour faire élire le magnat de l'immobilier ? Le 45e président des Etats-Unis a-t-il ensuite essayé de faire obstruction à la justice? Les investigations ont-elles mis au jour de nouveaux fronts judiciaires susceptibles de mettre le milliardaire en difficulté ?

«L'intégrité de notre démocratie»

Certains alliés de Trump crient déjà victoire, voyant dans le fait que le procureur Mueller n'ait pas recommandé pas de nouvelles inculpations à l'issue de ses investigations la preuve qu'il n'y a aucune «collusion».

De fait, ce chef d'inculpation n'a jamais été retenu pour les 34 personnes mises en cause dans ce dossier, parmi lesquelles six proches collaborateurs de Trump.

L'enquête a notamment entraîné la spectaculaire déchéance judiciaire de son ex-chef de campagne, Paul Manafort, ou encore de son ex-avocat personnel, Michael Cohen, tous deux condamnés à la prison pour des malversations diverses et des déclarations mensongères.

Le président américain Donald Trump, le ministre de la Justice William Bar, et le procureur spécial Robert Mueller [MANDEL NGAN, Nicholas Kamm, Saul LOEB / AFP/Archives]
Le président américain Donald Trump, le ministre de la Justice William Bar, et le procureur spécial Robert Mueller

De leur côté, les démocrates restent prudents sur le fond mais réclament la plus grande transparence possible afin que la Chambre des représentants, qu'ils contrôlent désormais, puisse mener ses investigations grâce à ses puissantes commissions.

Cette enquête touche à «des questions qui portent sur l'intégrité de notre démocratie», a estimé Nancy Pelosi, sa présidente. «Le peuple américain a le droit à la vérité».

Pour Pete Buttigieg, jeune maire de la ville de South Bend (Indiana) et candidat aux primaires démocrates pour la présidentielle, le rapport est important mais son camp ne doit pas perdre de vue l'échéance de novembre 2020.

«Il est possible que le seule réponse possible soit une procédure de destitution mais, pour moi, la façon la plus claire de mettre fin au Trumpisme est de le battre de manière massive dans les urnes», a-t-il expliqué.

Mme Pelosi s'est d'ores et déjà prononcée contre une procédure de destitution à moins qu'il y ait quelque chose «de vraiment convaincant et accablant et soutenu par les deux partis», ce qui apparaît hautement improbable à ce stade.

Depuis des mois, Donald Trump n'a de cesse de dénoncer une «chasse aux sorcières» orchestrée par les démocrates qui n'auraient pas digéré sa victoire-surprise le 8 novembre 2016 face à Hillary Clinton.

Il y a trois jours, il a ouvertement mis en cause la légitimité de l'enquête, prenant sa base électorale à témoin.

«C'est assez extraordinaire que lorsque vous avez remporté une grande victoire, quelqu'un arrive et rédige un rapport venu de nulle part», a-t-il lancé. «Expliquez-moi ça, parce que mes électeurs ne le comprennent pas et je ne le comprends pas».

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles