Reshma Qureshi est une survivante. Attaquée à l'acide par son beau-frère à l'âge de 17 ans, cette Indienne, devenue mannequin malgré l'adversité, témoigne pour lutter contre ces crimes d'honneur.
«Cette attaque a tout gâché dans ma vie. Votre visage est tout dans ce monde, votre visage est considéré comme votre identité la plus importante», raconte Reshma Qureshi dans une interview au Guardian.
Des cicatrices de son visage, la jeune femme a tiré une force. Passionnée par la mode, devenu populaire grâce à ses tutos beauté sur YouTube, elle a même été invitée à défiler à la Fashion week de New York. Elle est depuis devenue le porte-voix de la lutte contre les attaques à l'acide en Inde, et hors des frontières du pays.
«L'homme qui m'a attaqué, il a pensé que cela me ruinerait. 'Elle ne pourra rien faire et elle mourra.' Mais je ne laisserai pas cela se produire. Je ne lui donnerai pas la satisfaction. Je veux lui montrer comment je peux vivre et avancer.»
Plus de 300 attaques de ce type ont été recensées en Inde 2016, selon l'association Acid Survivors Trust International. Si les agressions à l'acide sont punies par une peine pouvant aller jusqu'à 10 ans de prison, le taux de condamnation demeure faible. «Dans au moins 40% des cas, les assaillants continuent d'être relâchés», explique-t-elle.
«Nos lois [en Inde] sont en fait très bonnes - des lois solides, telles que d’autres pays pourraient tirer des leçons de nos lois. Le problème réside dans la mise en œuvre… Il est très facile d'adopter une loi, mais il est très difficile de la mettre en œuvre»
Aujourd'hui âgée de 19 ans, elle témoigne de toutes les difficultés auxquelles elle a du faire face dans l'horreur : «Les médecins n'ont pas voulu traiter mes brûlures tant que la police n'avait reçu la plainte. Je suis restée allongée là à crier de douleur, pendant six heures avant que je reçoive de l'aide».
En parlant de son histoire, Reshma Qureshi entend alerter sur les difficultés auxquelles doivent faire face les victimes, aussi bien en matière d'assistance médicale que de soutien juridique.
«Finalement, lorsque le tribunal a entendu mon cas, j'ai été appelé comme témoin, alors que j'étais en train de me faire opérer. Malgré les efforts de mon père, ils ont insisté pour que je sois présente, sinon l'agresseur serait libéré. Est-ce que c'est juste ?». Après des années de batailles juridiques, la justice n'a toujours pas été rendu.
Engagée aux côtés de l'association Make Love Not Scars (Faites l'amour, pas des cicatrices), elle milite pour que la vente libre d'acide soit interdite dans le pays.
L'organisation fournit aux victimes une assistance juridique, un suivi médical et psychologique, des fonds pour l'éducation des enfants mais aussi un toit à ceux qui en ont besoin, comme Reshma. «La prochaine chose que je veux faire c'est de jouer mon propre rôle dans un film».
