Elections européennes : vers une alliance des nationalistes ?

D'après les sondages, la Ligue italienne de Matteo Salvini pourrait devenir la deuxième délégation au Parlement européen derrière la CDU-CSU allemande d'Angela Merkel. D'après les sondages, la Ligue italienne de Matteo Salvini pourrait devenir la deuxième délégation au Parlement européen derrière la CDU-CSU allemande d'Angela Merkel.[KENZO TRIBOUILLARD / AFP ]

Matteo Salvini, ministre de l'Intérieur italien et patron de la Ligue (extrême droite), lance ce lundi 8 avril sa campagne pour les élections européennes de fin mai. Il doit réunir à Milan d'autres partis européens eurosceptiques, dans l'optique de créer une grande alliance nationaliste.

Selon les médias italiens, des formations d'extrême droite d'une vingtaine de pays ont été invitées à cet événement, durant lequel Matteo Salvini devrait présenter un «manifeste» en forme d'appel au ralliement des souverainistes européens. Des représentants du parti d'extrême droite allemand Alternative pour l'Allemagne (AfD), dont sa tête de liste Jörg Meuthen, seront présents à Milan, mais pas Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national (RN) français.

Elle est trop «occupée avec sa campagne» selon Alain Vizier, l'un de ses porte-paroles. Mais ce n'est que partie remise, car celle qui est arrivée au second tour de la présidentielle française en 2017 va tenir un meeting commun avec Matteo Salvini le 18 mai prochain à Milan, auquel seront conviés tous les mouvements nationalistes européens, ont-ils annoncé vendredi 5 avril.

Tractations en coulisses

Alors que les partis eurosceptiques ont le vent en poupe un peu partout en Europe (France, Italie, Allemagne, Pologne, Hongrie...), ces initiatives visent à les rassembler dans un seul groupe politique au prochain Parlement européen, afin de peser sur les décisions de la Commission, eux qui sont actuellement éclatés dans trois entités : Europe des nations et des libertés (ENL), Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD), Conservateurs et réformistes européens (CRE).

Et les tractations ont déjà commencé un peu partout en Europe. La Ligue italienne, qui fait partie du groupe ENL (comme le RN), en est l'élément-clé, car elle devrait être, selon les sondages - qui la créditent de plus de 30 % des voix -, la deuxième délégation au Parlement européen derrière la CDU-CSU allemande d'Angela Merkel. La formation de Matteo Salvini aurait déjà le soutien des Espagnols de Vox, ainsi que du Parti du peuple danois et des Vrais Finlandais, ces deux derniers étant membres du groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE).

Tous ces partis pourraient se retrouver au sein des CRE, plus grand groupe eurosceptique au Parlement européen actuellement (avec environ 70 députés), la Ligue faisant ouvertement partie des alliés potentiels du groupe, tout comme le FPÖ autrichien. Le Tchèque Jan Zahradil, président des CRE, a déjà réussi à recruter ces dernières semaines le parti Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan et le Forum pour la démocratie du Néerlandais Thierry Baudet, qui a fait une percée surprise lors des élections provinciales du 20 mars dernier.

Reste l'inconnue du Fidesz, le parti du Premier ministre hongrois Viktor Orban. Malgré sa suspension courant mars, il reste pour l'instant membre du PPE, groupe de droite majoritaire au Parlement européen. Mais Matteo Salvini rêve de l'attirer dans ses filets. Une visite du chef de l'extrême droite italienne en Hongrie est ainsi prévue dans les prochaines semaines.

Une difficile union

Bien que les rapprochements entre les partis d'extrême droite européens se multiplient, «il va être difficile de rassembler l’ensemble des eurosceptiques au sein d’un même groupe au Parlement européen», estime sur Atlantico Anaïs Voy-Gillis, doctorante à l'Institut français de géopolitique. En effet, leurs divergences politiques semblent profondes sur certains sujets. C'est le cas notamment concernant la politique économique, entre les partisans du libéralisme, comme la Ligue ou le Fidesz, et les partis beaucoup plus protectionnistes, comme le RN. Même sur le plan migratoire, où ils semblent pourtant très proches, ceux-ci s'opposent, la Ligue étant favorable à une répartition des demandeurs d'asile à travers l'Europe, contrairement au RN ou à l'AfD.

Sans compter la guerre d'ego entre Matteo Salvini et Marine Le Pen, qui se disputent le leadership de l'extrême droite européenne. Sans doute vexée par l'importance prise par le dirigeant italien, la patronne du RN se rendra dans les semaines à venir en République Tchèque, en Belgique et en Slovaquie, pour prouver qu'elle peut elle aussi trouver des soutiens en Europe.

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