Du FMI à la tête de la BCE, Christine Lagarde brise un nouveau plafond de verre

La Française Christine Lagarde a été nommée, mardi 2 juillet, à la tête de la prestigieuse Banque centrale européenne (BCE). Elle devient la première femme à occuper ce poste.

Agée de 63 ans, reconnaissable à ses cheveux courts argentés, ses vêtements haute-couture et son large sourire, Christine Lagarde, est connue pour avoir fait carrière en brisant les plafonds de verre dans les couloirs de la finance internationale. 

En 1981, après ses études, elle intègre en effet le cabinet d'avocats d'affaires international américain Baker & McKenzie, dont elle gravit tous les échelons jusqu'à en prendre la tête en 1999. Là encore, jamais aucune femme avant elle, n'y était parvenue.

Remarquée par Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin

Remarquée par Jacques Chirac au début des années 2000, puis Jean-Pierre Raffarin, elle quittera les États-Unis en 2005 pour entamer une carrière politique en France.

Première femme à occuper le poste de ministre français de l'Economie et des Finances (2007-2011) sous la présidence de Nicolas Sarkozy, elle a aussi été la première femme à être nommée, en 2011, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).

Quand Christine Lagarde intègre le FMI, elle trouve une institution traumatisée par le scandale sexuel qui a emporté son précédent chef, un autre Français, Dominique Strauss-Kahn.     

Très appréciée au FMI

Pas de quoi pourtant décourager cette femme sportive - ex-championne de natation synchronisée durant son adolescence - qui dès son arrivée à Washington a su convaincre les plus sceptiques et redorer le blason de l'institution.

«Elle a su imposer le calme sans se poser en personne moralement supérieure», se souvient-on en interne. «Elle est aujourd'hui très appréciée car elle a apporté une touche d'humanité», ajoute-t-on.

Consacrée en 2018 troisième femme la plus puissante au monde par le magazine Forbes, c'est d'ailleurs avec son mandat au FMI, renouvelé en juillet 2016 pour une durée de cinq ans, que sa carrière a pris une nouvelle dimension.

Convaincue par le rôle essentiel des femmes dans la sphère économique

Après avoir mis davantage en avant les problématiques sociales, évoquant sans ambages les inégalités aux Etats-Unis ou la nécessité de maintenir des dépenses sociales dans les plans de réformes économiques en Argentine par exemple, elle s'est fait remarquer en expliquant pourquoi, chiffres à l'appui, les femmes sont essentielles à la croissance économique.

Au risque de froisser ses collègues masculins, elle n'hésite pas à dire, que s'il y avait eu des femmes à la tête de la banque Lehman Brothers, il n'y aurait pas eu de crise financière mondiale, en tout cas pas d'une telle ampleur car les femmes ont une approche du risque différente.

Face aux dirigeants, elle s'exprime dans un anglais impeccable. Le 8 mars dernier, elle a pourtant confié à une foule réunie au Fonds à l'occasion de la journée internationale de la femme, que son niveau était médiocre adolescente, surtout pour la fille d'un professeur de littérature anglaise.

Elle fait aussi volontiers part de ses échecs (elle a raté deux fois le concours d'entrée à la grande école française Ena) ou des contretemps nécessaires dans sa carrière.

Un CV entaché par l'arbitrage Tapie et certaines déclarations

Mais son CV, malgré tout exemplaire, reste pourtant entaché par une décision de la justice française qui l'a déclaré coupable en décembre 2016 d'une «négligence» très coûteuse pour les deniers publics quand elle était ministre, dans un dossier mêlant l'homme d'affaires Bernard Tapie et la débâcle du Crédit lyonnais. Par égard pour sa «réputation internationale», elle a été dispensée de peine.

En tant que directrice générale du FMI, son franc-parler sera aussi à l'origine d'un tollé quand elle appellera les Grecs, essorés par les plans d'austérité, à payer tous «leurs impôts» ou quand elle reprochera implicitement aux autorités de ne pas se comporter en «adultes».

C'est d'ailleurs d'Athènes que sont venues les attaques les plus virulentes contre l'action du FMI, accusé d'avoir une «responsabilité criminelle» dans la situation du pays.

Et si elle maîtrise aujourd'hui davantage ses interventions dans les médias, elle y évoque volontiers sa sphère intime.

Cette mère de deux fils, l'un dans la restauration, l'autre architecte, et qui a refait sa vie à 50 ans avec l'homme d'affaires français Xavier Giocanti a ainsi déclaré au magazine Elle, en avril dernier, « qu'on peut être monumentalement heureux, à tous points de vue, mentalement, physiquement, sexuellement, à 50 ans et bien au-delà».

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