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Mohammed VI célèbre ses 20 ans de règne sur un Maroc encore profondément inégalitaire

Le roi du Maroc Mohammed VI assiste le 20 juin  2019 à l'inauguration d'une usine du groupe français PSA (Peugeot, Citroën et DS) à Kénitra au nord de Rabat [FADEL SENNA / AFP/Archives] Le roi du Maroc Mohammed VI assiste le 20 juin 2019 à l'inauguration d'une usine du groupe français PSA (Peugeot, Citroën et DS) à Kénitra au nord de Rabat [FADEL SENNA / AFP/Archives]

Le roi du Maroc Mohammed VI célèbre mardi ses 20 ans de règne dans un pays stable, toujours marqué par de profondes inégalités, malgré les efforts de développement.

Comme chaque année, les villes pavoisées de drapeaux préparent des festivités pour la très protocolaire Fête annuelle du Trône, et la presse marocaine publie des bilans élogieux. Il y a quelques semaines pourtant, plusieurs voix multipliaient les mises en garde sur la situation du pays, des journaux évoquant le «déclin marocain», «le coup de pompe» de l'économie ou le «volcan social sur lequel dansent des millions de jeunes en déshérence».

A son arrivée sur le trône en 1999, le jeune monarque de 35 ans, alors surnommé «roi des pauvres» avait suscité de grandes attentes. Forme de promesse de changement, son tout premier discours listait les maux du pays -pauvreté, chômage, inégalités sociales.

«Mieux vaut ne pas être Marocain en 2019», constate vingt ans plus tard l'hebdomadaire «Maroc Hebdo», en pointant «la persistance du chômage (...), la lenteur des transformations structurelles, l'approfondissement des inégalités» et le manque de perspectives des jeunes qui représentent un tiers de la population (35 millions).

«Mécontentement»

«Nous avons un mécontentement, nous n’arrivons pas à trouver des emplois pour nos jeunes, nous avons des régions trop déshéritées», reconnaît Omar Azziman, un des conseillers du roi, dans un rare entretien à l'AFP.

La priorité actuelle est «la réduction des inégalités sociales, spatiales, territoriales: c'est un énorme chantier qui demande un nouveau modèle de développement plus sensible à l'impératif de justice sociale», selon lui.

Abdellatif Menouni, un conseiller du roi du Maroc, répond aux questions de l'AFP à son bureau à Rabat, le 26 juillet 2019 [FADEL SENNA / AFP]
 
Abdellatif Menouni, un conseiller du roi du Maroc, répond aux questions de l'AFP à son bureau à Rabat, le 26 juillet 2019

En vingt ans de règne, «un certain nombre de choses a été accompli, l’essentiel en matière démocratique a été fait, il reste à approfondir», ajoute Abdellatif Menouni, un autre conseiller royal spécialiste des questions constitutionnelles.

Ces dernières années, le pays a été agité par plusieurs mouvements de revendications dans des régions marginalisées. Le plus important, le «Hirak», a secoué en 2016-2017 quelques localités du Rif (nord). Estimé à plusieurs centaines, le nombre exact d'arrestations et de condamnations liées au Hirak n'est pas connu.

Même si le roi a depuis gracié quelques 250 manifestants, l'épisode du Hirak a été perçu comme une «régression» par les défenseurs de droits humains après des espoirs d'ouverture suscités par la réforme constitutionnelle de 2011, à l'époque des printemps arabes.

La plus importante association marocaine de défense des droits humains, l'AMDH, dénonce ainsi une «escalade des violations». En écho, les organisations internationales comme Amnesty international appellent régulièrement le pouvoir à assurer la liberté d'expression et de rassemblement, cesser les arrestations et les détentions «arbitraires» et garantir des procès «équitables».

«Transition dynastique»

«Il n'y a pas vraiment eu de démocratisation, mais plutôt une forme de libéralisation: on a connu une période d'ouverture mais cela correspondait à une transition dynastique visant à maintenir une monarchie exécutive», regrette Maâti Monjib, un intellectuel considéré comme un «nihiliste» par les autorités.

Vu le contexte régional agité, «la stabilité du pays est un indicateur de performance», tempère le politologue Mohamed Tozi.

Selon lui, les travaux de l'instance chargée d'enquêter sur les exactions des «années de plomb» d'Hassan II, le code de la famille de 2004 élargissant les droits des femmes, la réforme constitutionnelle, l'existence de partis politiques ou d'organismes de contrôle comme la cour des Comptes illustrent «d'énormes changements».

Mais aujourd'hui, faute d'horizon, sept jeunes sur dix envisagent d'émigrer, selon un récent sondage du réseau Baromètre arabe qui décrit un pays «fracturé en deux générations», l'ancienne, plus confiante, la nouvelle, plus pessimiste.

Le Maroc devrait s'orienter vers «un modèle de croissance plus inclusive», tout en «réduisant les inégalités», abonde le dernier rapport du Fonds monétaire international en pointant «un retard dans la mise en oeuvre des réformes».

Mohammed VI, qui garde la haute main sur les secteurs stratégiques a impulsé une politique économique centrée sur la conquête des investisseurs étrangers, l'industrialisation et les grands équipements -routes, aéroports, ports. Mais il a lui-même pointé les limites d'un développement «inapte à satisfaire les demandes pressantes des citoyens».

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