Tout savoir sur Mounir Baatour, premier candidat gay à la présidentielle tunisienne

Le 31 août, l'instance chargée des élections dira si sa candidature est validée. [FETHI BELAID / AFP]

Une première dans le monde arabe. L’avocat tunisien Mounir Baatour, ouvertement homosexuel et défenseur des droits des LGBTQ, est candidat à l’élection présidentielle de la Tunisie.

Mounir Baatour a déposé officiellement sa candidature auprès de l’Isie (l’instance indépendante chargée des élections) jeudi 8 août, après avoir recueilli 19.926 parrainages, bien au-delà des 10.000 signatures nécessaires.

Président du Parti Libéral, il entend faire «souffler un vent politique nouveau» sur la Tunisie. Son thème de prédilection en est la parfaite illustration puisqu’il entend mettre la défense des droits des personnes LGBTQ au centre de la campagne électorale. Une première, là encore, dans le pays.

Arrêté et condamné en 2013

«J’ai choisi la présidentielle parce qu’il y a plus de lumière sur cette élection et qu’elle portera davantage ma voix. Elle va me permettre d’imposer beaucoup de choses dans le débat. J’ai besoin que les idées que je défend, celle des libertés individuelles et de l’égalité des sexes, soient débattues. Je veux mettre chaque candidat devant ses responsabilités sur ces sujets de société», expliquait-il récemment à Slate.

A 48 ans, et malgré les menaces dont il fait l’objet, cet avocat à la Cour de cassation milite depuis de nombreuses années pour la cause LGBTQ. En 2013, Mounir Baatour avait été arrêté et condamné à trois mois de prison en raison de son orientation sexuelle. Un événement qui le marquera profondément.

En 2015, constatant une hausse des arrestations de personnes homosexuelles, qu’il attribue à l’arrivée des islamistes au pouvoir, il fonde sa propre association, Shams (soleil en arabe), au sein de laquelle il réclame activement l’abrogation de l’article 230 du Code pénal qui punit de trois ans de prison l'homosexualité.

Un combat salué partout dans le monde. En 2017, le documentaire réalisé par l’organisation, «Au pays de la démocratie naissante», qui dénonce le sort réservé aux personnes LGBTQ en Tunisie, fait le tour de plusieurs festivals internationaux. La même année, Shams reçoit la grande médaille de la Ville de Paris. L’année suivante, Mounir Baatour, se voit remettre à l’Assemblée nationale le premier prix Idaho France pour la Liberté.

En juillet dernier, il recevait le soutien des avocats français, via le Conseil national du barreau, alors que des avocats tunisiens réclament sa radiation «au motif qu’il porterait gravement atteinte à l’image du barreau».

Vivement critiqué par des associations LGBTQ tunisiennes

Si son combat est salué dans le monde, le candidat est pour autant loin de faire l’unanimité au sein d’autres associations LGBTQ tunisiennes. Une vingtaine d’entre elles ont d’ailleurs lancé une pétition en juillet dernier contre Mounir Baatour, soulignant qu’il «ne représente en aucun cas la communauté LGBTQ» et même qu’il constitue «une menace». Ces associations accusent Mounir Baatour de mettre en danger les victimes d’actes homophobes en surmédiatisant leur cas et en ne respectant pas leur anonymat. Plus grave, elles évoquent de «nombreuses plaintes» pour abus sexuels, émanant notamment de personnes mineures.

Sur ce dernier point, le candidat à la présidentielle réfute les accusations auprès de  Slate, soulignant qu’il s’agit de «diffamation» et qu’«aucune plainte n’a jamais été déposée». Mounir Baatour concède en revanche une différence de point de vue sur les manières de lutter pour la cause LGBTQ.

Malgré cette dissonance, le candidat entend garder le cap en vue de l’élection qui aura lieu le 15 septembre prochain. D’ici là, le chemin sera encore long. Première étape : le 31 août. L’Isie annoncera alors si sa candidature est bien validée.

Dans un second temps, Mounir Baatour devra notamment détailler les propositions de son programme, qu’il qualifie lui-même «d’économique, écologique et social résolument réformateur».

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