Brexit : quels scénarios pour Boris Johnson ?

Le leader conservateur semble confronté à un problème inextricable, qui bouscule sa position face à l’UE.[©Danny Lawson / POOL / AFP]

Après plusieurs revers au Parlement, la situation se tend pour Boris Johnson. Les scénarios de sorties se réduisent.

Le casse-tête se poursuit pour Boris Johnson. Orphelin de sa majorité à la Chambre des communes depuis mardi, le Premier ministre britannique, surnommé «BoJo», a assisté impuissant, mercredi soir, au rejet de sa motion pour des élections anticipées. Mais aussi à l’adoption, contre son avis, d’un projet de loi demandant un nouveau report de la date du Brexit.

Avec lui, c’est l’en­semble du Royaume-Uni qui se trouve plus que jamais plongé dans l’incertitude. Alors que le leader conservateur n’est là que depuis six semaines, et que sa mission était justement de mener à bien le divorce avec l’Union européenne (UE) jusqu’au 31 octobre, le voilà désormais englué dans une situation inextricable, avec une multitude de scénarios possibles.

Un nouveau report du divorce pour relancer les discussions

Le projet de loi voté par les députés mercredi devrait contraindre Boris Johnson à demander à l’UE un report de trois mois du Brexit, si aucun accord n’est trouvé au soir du 31 octobre. Ce serait la troisième fois que la séparation est repoussée (elle était initialement prévue le 29 mars 2019, puis le 12 avril). Cette solution, qui fixerait au 31 janvier 2020 la nouvelle limite, pourrait permettre aux deux parties de ­­bénéficier d’un délai supplémentaire pour s’entendre sur les conditions de leur rupture. Mais elle est catégoriquement refusée par le Premier ministre britannique, qui estime qu’il s’agirait d’une «capitulation» face à ses voisins du continent. Il a d’ailleurs déjà indiqué que même s’il avait l’intention de se plier à la loi, il n’accepterait «en aucune circonstance» de demander un nouveau report du Brexit. De quoi le pousser à la démission ?

Des élections anticipées pour reprendre la main

Bien que l’opposition ait rejeté le souhait de Boris Johnson de convoquer des élections générales anticipées, les travaillistes n’y sont pas défavorables sur le fond. Le problème majeur se trouve en effet dans le calendrier proposé, avec une organisation annoncée pour le 15 octobre. Une date à laquelle ne croit pas l’opposition, qui craint que BoJo ne fasse volontairement traîner les choses pour acter le «no deal» avant même que le scrutin n’ait lieu. L’opposition s’est ainsi protégée avec le texte voté mercredi, demandant un nouveau report du Brexit, et devrait finir par accepter le principe d’élections anticipées (un nouveau vote à ce sujet est prévu lundi). Elles pourraient alors être la meilleure option pour enfin sortir de l’impasse. En fonction de leurs résultats, Boris Johnson retrouverait une majorité pour le conforter dans sa volonté de quitter coûte que coûte l’UE, ou serait poussé dehors par les travaillistes. Dans ce cas, Jeremy Corbyn pourrait prendre le relais et chercher à renouer le dialogue pour trouver un ­accord de sortie.

Un «no deal», voulu par les uns, empêchés par les autres

Le «no deal» était l’option plus probable avant la semaine cauchemardesque vécue par Boris Johnson. Elle est, en l’état actuel, devenue inimaginable. Lors de sa prise de pouvoir, le leader conservateur s’était dit prêt à aller jusqu’à un Brexit sans ­accord, le 31 octobre. Il avait, ensuite, ­affiché sa volonté de ne pas négocier ­sérieusement avec les pays européens. Dans le même temps, son gouvernement s’y préparait «activement», en débloquant de très importantes sommes d’argent destinées à encaisser le choc d’une rupture sèche. Mais depuis mercredi, le Premier ministre a perdu la main. Si aucun accord n’est trouvé fin octobre, il sera obligé de se mettre autour de la table, ou de partir.

Une sortie avec accord l’improbable «happy end»

Si l’idée d’un «no deal», le 31 octobre, apparaît désormais hautement improbable, celle d’un Brexit avec accord ne l’est pas moins. Il faudrait pour cela que Londres et Bruxelles parviennent enfin à s’entendre sur le point le plus critique des négociations : le «backstop» irlandais (mécanisme qui doit éviter le retour d’une frontière entre l’Irlande, membre de l’UE, et la province britannique du Nord). Or, ils ne sont jamais parvenus à le faire, et le gouvernement Johnson ne fait rien pour cela. Mercredi, l’UE a d’ailleurs souligné qu’elle ne croyait pas du tout à un accord d’ici à la date limite.

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