Viols, humiliations sexuelles, avortements forcés... l'effroyable quotidien des femmes ouïghoures en Chine

Les témoignages recueillis laissent entrevoir un ensemble d’abus bien plus large dirigés spécifiquement contre les femmes. [Photo d'illustration / Peter Parks / AFP].

Dans une vaste enquête publiée sur son site le samedi 5 octobre, le journal américain The Washington Post, relaye plusieurs témoignages attestant d'exactions à caractère sexuel et de stérilisations forcées commises par la Chine sur des femmes musulmanes issues des communautés kazakhe et ouïghoure. Des actes terrifiants qui, dans leur ensemble, orientent sur un génocide perpétré à bas bruit.

Les témoignages, recueillis par la journaliste Amie Ferris-Rotman, correspondante du prestigieux quotidien américain à Moscou, proviennent pour la plupart de femmes, qui ont quasiment toutes trouvé refuge de l’autre côté de la frontière chinoise, au Kazakhstan, pays dont leurs communautés sont d'ailleurs souvent originaires. 

Certaines racontent ainsi avoir été forcées de subir contre leur gré des avortements au Xinjiang, l’une des cinq régions autonomes de la République populaire de Chine où vit une importante communauté musulmane issue des minorités ouïghoure et kazakhe.

D’autres encore affirment qu’on leur a introduit des dispositifs contraceptifs contre leur volonté après avoir été emprisonnées, lorsque plusieurs autres disent avoir été violées ou témoins de viols.

Certaines, enfin, déclarent avoir subi des humiliations sexuelles, comme, par exemple, faire leur toilette intime avec une sauce pimentée, le tout filmé sous la douche.

Un génocide par procuration

Si le Washington Post convient que les preuves manquent parfois pour confirmer les expériences décrites par les victimes, les différents témoignages sont en revanche bien corroborés par les associations locales des droits de l’Homme et par certains avocats qui disent que ces actes de tortures sont donc bien monnaie courante.

En ce sens, le quotidien américain indique que tous ces témoignages laissent entrevoir un ensemble d’abus bien plus large dirigés spécifiquement contre les femmes, et cela dans le but de limiter - voire éteindre - leur fécondité.

A cet égard, le Washington Post cite notamment le cas de Gulzira, une femme de 38 ans issue de la minorité kazakhe et qui possède la double nationalité chinoise et kazakhe.

Détenue au Xinjiang après un séjour au Kazakhstan au prétexte qu'elle avait installé l’application Whatsapp sur son téléphone, elle dit avoir été placée en résidence surveillée.

Retenue contre son gré, des médecins d'une clinique voisine sont ensuite venus pour l'examiner et ont découvert qu'elle était enceinte de dix semaines.

Selon son témoignage, les médecins lui ont dit qu'elle n'était pas autorisée à avoir cet enfant, son quatrième, avant de revenir un mois plus tard pour le lui arracher. 

«Ils ont coupé mon fœtus sans anesthésie», dit-elle en précisant qu'elle souffre toujours de complications.

Un cas parmi plusieurs autres relatés par le Washington Post et loin d’être isolé pour l'avocate et défenseur des droits de l'Homme, Aiman Umarova.

«Porter atteinte à la sexualité de ces femmes, les violer ou faire en sorte qu'elles ne se reproduisent plus est devenu une arme brandie par la Chine contre les populations musulmane», résume-t-elle. 

Le silence assourdissant des autorités chinoises

Interrogé par le journal sur ces accusations, le ministère chinois des Affaires étrangères a renvoyé la journaliste à l'origine de l'enquête sur un document gouvernemental publié en août dernier.

Un dossier officiel de l'Etat chinois détaillant son «plan de lutte contre le terrorisme» ne faisant mention que d'actions en matière d'éducation et de formation, comprenant par ailleurs un chapitre sur «la protection des droits fondamentaux des stagiaires».

Une fin de non-recevoir en somme, qui, selon le Post, était accompagnée d'une note narquoise adressée à la journaliste : «vous ne poseriez pas de telles questions si vous aviez lu attentivement le livre blanc». 

Selon plusieurs rapports du gouvernement américain et divers groupes de défense des droits de l'Homme, ce sont entre 1 et 3 millions de musulmans qui seraient détenus dans des «camps de rééducation» en Chine depuis 2017, la plupart de ces prisonniers étant des musulmans ouïghours.

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