Tout comprendre de la pollution au pétrole qui touche les plages du Brésil

Des volontaires retirent les galettes de pétrole à la main. Des volontaires retirent les galettes de pétrole à la main. [MATEUS MORBECK / AFP]

Le ministre brésilien de l'Environnement, Ricardo Salles, insinue dans un tweet publié jeudi 24 octobre que Greenpeace serait à l'origine de la pollution au pétrole des les plages de la région du Nordeste. Un bateau de l’ONG naviguait en effet près du littoral lorsque le pétrole est apparu.

Depuis la fin du mois d'août, les plages du Nordeste sont souillées par du pétrole d'origine inconnue, sur plus de 2250 kilomètres. La semaine dernière, la pollution a atteint la plage de Carneiros, considérée comme une des plus belles du Brésil. Environ 200 plages de la région sont touchées par la pollution à l'hydrocabure. 

Les bénévoles de Greenpeace, ainsi que les populations locales, se mobilisent pour nettoyer le littoral. Mercredi 23 octobre, l'ONG est allée manifester devant le Palais du Planalto, siège du gouvernement fédéral à Brasilia, pour dénoncer l'inaction du gouvernement. Les bénévoles ont déversé du liquide noirâtre, semblable au pétrole, devant l'entrée de l'édifice. Cette manifestation n'a pas manqué de faire réagir le Ministre de l'Environnement, qui accuse les «éco-terroristes» de ne pas aider à nettoyer les plages, et en plus, de dégrader des bâtiments publics. 

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SÉRGIO LIMA / AFP

Jeudi 24 octobre, le ministre a même insinué que le pétrole retrouvé sur les plages proviendrait d'un bateau de Greenpeace, qui naviguait près du littoral au mois d'août et septembre. «Il y a des coincidences dans la vie, n'est-ce pas ? Il parait que le navire de #greenpixe était justement en train de naviguer dans les eaux internationales, près du littoral brésilien, au moment du déversement du pétrole vénézuélien...», écrit-il. 

L'ONG a immédiatement répliqué en publiant un communiqué, qui explique ce que leur bateau «Esperanza» faisait près des côtes brésiliennes. Il naviguait en réalité au large de la Guyane française, dans le cadre d'une expédition de recherche sur les menaces qui pèsent sur la faune et la flore marine. 

Le Président brésilien d'extrême droite, Jair Bolsonaro, rejette lui aussi la faute sur les organisations non-gouvernementales, et sur ses opposants politiques : «Étrange silence des ONGs et de la gauche à propos du pétrole des plages du Nordeste - le soutien de la gauche envers le dictateur Maduro renforce la thèse d'un déversement criminel», déclare-t-il dans un tweet. 

Des analyses de l'hydrocarbure retrouvé sur les plages affirment qu'il provient du Venezuela, ce que le gouvernement d'extrême droite se plaît à relayer. Il n'est cependant pas possible de confirmer pour le moment que le déversement du pétrole a été effectué depuis un navire vénézuélien. Il pourrait cependant s'agir d'une fuite d'un cargo pétrolier qui transportait clandestinement de l'hydrocarbure à cause de l'embargo américain sur le pétrole vénézuelien. Jair Bolsonaro est quant à lui «presque certain» de l'origine criminelle de l'incident. 

les populations locales touchées

Les procureurs des neufs états concernés par les dégats au pétrole soulignent l’absence d’action du gouvernement fédéral, alors que « l’impact se fera sentir pendant des décennies, avec des dommages incalculables pour la nature et l’économie régionale ». 

Si le tourisme n'a pas souffert pour l'instant de la pollution des plages, cela ne saurait tarder. Les vacances d'été commencent au mois de décembre, et le Nordeste vit principalement des revenus liés au tourisme, notamment lors des fêtes de fin d'année. La région concentre les plus belles plages du pays, qui accueillent des milliers de touristes par an. 

Les dégâts sur la faune et la flore marine sont également très préoccupants.  Au moins 23 tortues ont déjà été retrouvées mortes dans les eaux qui bordent les plages du Nordeste. Les animaux présentaient des traces de pétrole dans les intestins et sur leurs carapaces. Les spécialistes s'inquiètent également de la pollution des récifs et des mangroves, très difficiles à nettoyer. 

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LEO MALAFAIA / AFP

Les volontaires qui nettoient les plages, quant à eux, ne portent pas de protection adéquates. Ils ramassent très souvent le pétrole à main nues, alors que l'exposition aux vapeurs d’hydrocarbures et le contact avec ces substances sont nocifs pour la santé. Des enfants participent également au ramassage du pétrole. Everton Miguel dos Anjos (photo ci-dessus), 13 ans, s’est ainsi fabriqué une protection à partir d’un sac poubelle. 

Un désastre écologique, économique et sanitaire dont le Président brésilien, tout comme pour les incendies qui ravagent l'Amazonie, ne semble pas prendre la mesure. 

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