La semaine de Philippe Labro : les rois de la débrouille, les embrouilles du président

Pendant la grève, on assiste à la prolifération de cyclistes, d’utilisateurs de trottinettes et de marcheurs. Pendant la grève, on assiste à la prolifération de cyclistes, d’utilisateurs de trottinettes et de marcheurs. [Philippe LOPEZ / AFP]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

MERCREDI 11 DÉCEMBRE

C’est le septième jour de grève, et ce chiffre a toujours quelque chose de décisif. Le 7 est un chiffre symbolique. D’ailleurs, les chiffres envahissent notre quotidien, nos esprits.

Combien de salariés paralysent combien de citoyens ? Combien coûtera la grève à combien de commerçants ? Combien d’effets sur la croissance ? Combien de gens ont manifesté, combien demain ? Combien de trains, de trams, de métros marchent ou ne marchent pas ? Combien de minutes ou d’heures pour atteindre son lieu de travail ? Combien de kilomètres d’embouteillages ? Combien gagne un enseignant, un interne, un cheminot ? Combien de théâtres, d’hôtels, de restaurants vont voir leurs salles vides ?

Ces chiffres, sous forme de questions, n’empêchent pas la réalité, le quotidien. A quoi assiste-t-on ? A des gestes de grande solidarité entre piétons, automobilistes. A des moments violents et dangereux dans les gares. A la prolifération de cyclistes, d’utilisateurs de trottinettes, de marcheurs. A cette capacité toute française d’assumer les problèmes, ce recours à ce qu’on appelle la «débrouillardise », ce mélange de sérénité, d’acceptation, de fatalisme, et, aussi, de contradictions, selon quoi une bonne partie de la population semble approuver les motivations des grévistes, tout en se plaignant des effets de leurs actions.

Nous vivons, à quinze jours de Noël, une de ces périodes qu’on ne peut encore qualifier de «crise», mais où l’improbabilité règne. Je retiens l’image d’une jeune femme, une inconnue, sous la pluie, marchant, marchant, marchant vers son boulot. Elle regarde sa montre. Elle relève le col de son imper, la main tenant fermement son mini-parapluie, elle amorce une sorte de sourire. Elle est admirable.

JEUDI 12 DÉCEMBRE

Etats-Unis : cette fois, ça y est, Donald Trump est officiellement mis en accusation par les démocrates : il a, selon eux, commis «high crimes and misdemeanors». Il est difficile de traduire ce mot, «misdemeanor». La meilleure traduction serait : «écart de conduite», «infraction». Le moins que l’on puisse dire, avec un brin d’ironie, c’est que, en effet, Donald Trump, depuis le premier jour de son élection, en novembre 2016, et de son investiture en janvier 2017, n’a jamais cessé de commettre des «écarts de conduite», jamais ! On peut même dire que c’est toute sa philosophie du pouvoir : pratiquer la «mauvaise conduite».

Retour en France. Rendons hommage à un confrère, disparu à l’âge de 93 ans, Denis Lalanne. Il fut l’un des plus talentueux journalistes du sport : tennis, cyclisme, et surtout, rugby à XV. On a pu le lire dans L’Equipe pendant près de quarante ans. Lalanne avait cette qualité indispensable : il savait raconter. Il avait le talent de la description, des personnages, des scènes épiques sur le terrain ou hors du terrain. Il pouvait vous faire voir la souplesse et l’inventivité des passes élégantes des légendaires frères Guy et André Boniface, vous faire sentir le moment où tout bascule dans un match, il suffit parfois d’une interception lumineuse, une «chistera» habilement distribuée. 

Pour bien écrire sur le sport – comme sur tout, d’ailleurs –, il faut savoir aimer ses personnages, se rendre compte qu’ils sont différents de vous et moi – avec leur énergie, leur folie, leur don du surpassement. Les obsèques de Lalanne ont eu lieu hier, mercredi, en l’église Sainte-Marie d’Anglet, en pays basque, le pays où l’on aime «l’ovale» – ce ballon qui ne rebondit pas comme les autres, symbole des surprises de la vie. Lalanne avait compris tout cela. En réalité, plus qu’un journaliste sportif, il était, tout simplement, un écrivain. Paul Valéry a dit : «L’écrivain véritable est un homme qui ne trouve pas ses mots. Alors il les cherche. Et, en les cherchant, il trouve mieux.»

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