La situation des 13.000 migrants présents à la frontière entre la Grèce et la Turquie se dégrade.
Poussé par l'Union européenne et la France, Athènes a envoyé ses militaires pour les empêcher d'entrer en Europe. Et ces derniers utilisent tous les moyens : canons à eau, grenades étourdissantes et sms de prévention.
Certains réfugiés tentent également de passer par la mer et de rejoindre l'île grecque de Lesbos où existe un camp dans lequel vivent plus de 19.000 demandeurs d'asile alors que sa capacité d'accueil est de... 2.800 places.
Dans ce contexte déjà tendu, les autorités turques ont diffusé une vidéo montrant des garde-côtes grecs essayant de crever, à l'aide d'une perche, un canot pneumatique chargé, et tirant des coups de semonce près de l'embarcation. La véracité de cette vidéo n'a pas pu être vérifiée mais plusieurs personnalités l'ont partagée sur Twitter.
La honte.
— Raphael Glucksmann (@rglucks1) March 2, 2020
Nous y sommes. Plus besoin des sous-traitants libyens pour couler les bateaux d’exilés, les gardes-côtes européens s’y essaient eux-mêmes. Prochaine étape: les avions de guerre contre les barques de la misère humaine? pic.twitter.com/QqYqu3AMbS
«Les militaires grecs ont tué deux migrants et en ont blessé un grièvement», a également déclaré Erdogan lors d'une conférence de presse à Ankara, sans étayer ses accusations.
Mais ce que ne dit pas le chef de l'Etat turc c'est que, selon de nombreux témoignages récoltés par la presse française, ses forces de l'ordre encouragent certains migrants à prendre tous les risques pour traverser la frontière voire bloquent ceux qui, dépités de n'avoir pu passer en Europe, tentent de retourner en Turquie.
Sans possibilité d'aller en Grèce ni de retourner dans le pays qui les accueillait provisoirement, les migrants, dans l'attente d'une solution, dorment dans des conditions humanitaires déplorables, notamment au poste frontière de Pazarkule.

BULENT KILIC / AFP
Une réunion extraordinaire des ministres de l'Intérieur de l'UE a été convoquée mercredi 4 mars à Bruxelles pour aider la Grèce. «Ce sera l'occasion d'adopter des mesures de soutien», a affirmé le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas. «Personne ne peut faire chanter l'UE», a-t-il également déclaré.
Une conséquence du conflit syrien
La Turquie se dit actuellement submergée par une vague de migrants en provenance de Syrie. Le pays de Bachar al-Assad est actuellement à feu et à sang, l'armée mène une offensive dans la région d'Idlib (pas très éloignée de la frontière avec la Turquie), dernier bastion de la rébellion issue de la révolution de 2011. Les conséquences humanitaires sont telles que des milliers de Syriens fuient vers la Turquie comme l'ont fait avant eux plusieurs millions d'autres depuis 2011.
Et la Turquie, jusqu'ici payée par l'Union européenne pour accueillir ces migrants et ne pas les laisser passer en Europe, affirme, par la voix de son président Recep Tayyip Erdogan, ne plus pouvoir accueillir ces réfugiés supplémentaires. Le président Erdogan a donc ouvert la frontière que le pays partage avec la Grèce, l'Europe doit prendre «sa juste part du fardeau», a-t-il annoncé vulgairement en mettant la pression sur l'Union européenne.