Scène à peine croyable à la télévision russe ce lundi. Une femme a interrompu le journal télévisé le plus regardé de Russie, en brandissant une pancarte anti-guerre en Ukraine et dénonçant la propagande de l’Etat.
La scène s’est produite sur la plus puissante chaîne télévisée du pays, Pervy Kanal, lors du journal télévisé de la présentatrice star Ekaterina Andreïeva, suivi par des millions de Russes.
Alors que l’animatrice était en train de parler, une manifestante a surgi derrière elle. «Non à la guerre. Ne croyez pas à la propagande. On vous ment, ici», pouvait-on lire sur sa pancarte, sur laquelle étaient également dessinés les drapeaux de l’Ukraine et de la Russie. Elle scandait également son slogan «non à la guerre».
Diversion during Channel One main state TV evening show tonight - a woman with No to War poster yells stop the war. Channel One already "probing the incident regarding the outsider's presence during live broadcast." pic.twitter.com/wHyV9lyHZe
— Mary Ilyushina (@maryilyushina) March 14, 2022
Les internautes saluent son courage
Un événement rarissime dans le pays, où l’information est strictement contrôlée, et encore plus depuis le début de l’invasion russe. Si la scène n’a duré que quelques secondes, la chaîne lançant en catastrophe la diffusion d’un reportage dans un hôpital, elle fait depuis le tour des réseaux sociaux. De nombreux internautes saluent le courage de cette manifestante.
Selon l’ONG de défense des droits des manifestants OVD-Info, la manifestante serait Marina Ovsiannikova, une journaliste employée de la chaîne. A l’issue de son intervention, elle a été arrêtée et conduite au commissariat. Elle risque des poursuites pour avoir «discrédité l’utilisation des forces armées russes».
Une enquête interne a également été lancée, a indiqué la chaîne de télévision dans un communiqué.
Avant d’interrompre le JT, Marina Ovsiannikova avait enregistré une vidéo dans laquelle elle dénonçait la propagande de Pervy Kanal. «J’ai honte d’avoir permis que des mensonges soient diffusés à la télévision, honte d'avoir permis que le peuple russe soit ‘zombifié"», explique-t-elle. La journaliste précisait également que son père est ukrainien et sa mère russe.
Before the woman - editor Maria Ovsiannikova - stormed the set she prerecorded this video message saying: "What is going on in Ukraine is a crime." pic.twitter.com/54MwxTuFZn
— Mary Ilyushina (@maryilyushina) March 14, 2022
Pour museler les opposants à la guerre, les autorités russes ont récemment adopté une loi réprimant «les informations mensongères » sur les activités de l’armée russe en Ukraine. Les personnes qui manifestent ou appellent à manifester s’exposent à des amendes, voire à des peines de prison en cas d’infraction.
La plupart des médias indépendants, ainsi que les réseaux sociaux Twitter et Facebook, ont par ailleurs été bloqués.
![Les arrestations de manifestants se multiplient en Russie, comme ici à Moscou, le 3 mars 2022. [AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/000_324e4n6-taille1200_6225d931d5ce6.jpg?itok=4VU_JwoT)